19 mai 1989 : Zhao Ziyang s'adressait aux étudiants, Place Tiananmen, pour les mettre en garde

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

"Le 19 mai [1989] à 4 heures du matin, peu après la clôture de la réunion du Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois, Zhao Ziyang et Li Peng se rendirent sur la Place Tiananmen [...], Zhao prononça des mots qui firent couler les larmes de ceux qui l'écoutaient. 'Nous sommes venus trop tard', dit-il, et il supplia les étudiants de prendre soin de leur santé, de mettre un terme à leur grève de la faim et de quitter la Place avant qu'il ne fût trop tard. Les revendications qu'ils avaient exprimées seraient examinées en temps voulu, leur essura-t-il, y compris la question de savoir si cet incident devait être qualifié de troubles [contre-révolutionnaires] ou de mouvement patriotiques mais cela allait prendre du temps. Pendant ce temps, dit-il, les étudiants mettaient leur propre santé en danger et perturbaient la vie de la capitale. 'Nous aussi, nous avons manifesté et nous nous sommes couchés sur les rails quand nous étions jeunes, sans nous préoccuper de l'avenir, dit-il, mais je dois vous demander de réfléchir froidement à l'avenir. Beaucoup de problèmes finiront par trouver une solution. Je vous en supplie, arrêtez votre grève de la faim." (Zhang Liang, Les Archives de Tiananmen, Editions Le Félin, février 2004, page 309).*** Dans l'ouvrage Prisoner of the sState. The secret journal of chinese premier Zhao Ziyang, translated and edited by Bao Pu, Renée Chiang, Adi Ignatus, Foreward by Rederick MacFacquhar, Simon and Shuster, London, United Kingdom, on peut lire : "Zhao on his impromptu visit to Tiananmen Square : 'I improvised a speech. I was trying to persuade them to end the hunger strike, telling them they were still young and must treasure their lives. Il knew all two well that though their actions had won wides pread sympathy both accross the country and abroad, it was of no use against the group of elders who had taken a hard-line position. It would not matter if the hunger strike continues or if somme people died; they would not be moved. I felt it was a waste for these young students to end their lives like this. The students could not imagine the treatment in store for them.' " (page 31).***Zhao Ziyang considéraient qu'une très large majorité des étudiants étaient porteurs de revendications anti-corruption et patriotiques, même si une fraction profitaient du mouvement de mobilisation pour mener ouvertement des activités anti-PCC. Zhao Ziyang et le groupe de dirigeants qui appelaient à la reconnaissance de l'aspect principal progressiste de ce mouvement et à la conciliation (ne pas le réprimer violemment) fut mis en minorité. Zhao fut placé en résidence surveillée jusqu'à son décès. A ses protestations et tentatives d'expression, on lui rétorqua qu'il devait se montrer discipliné et faire comme Hua Kuofeng, c'est-à-dire garder le silence.*** On se reportera à l'article d'Andrew J. Nathan, "Les conceptions de Zhao Ziyang au sujet de la démocratie chinoise, pages 150-157 de la Revue Perspectives chinoises, n°2008/3, revue trimestrielle éditée par le CEFC (Centre d'études français sur la Chine contemporaine)qui présente l'ouvrage de Zhong Fengming Zhao Ziyang: captive conversations (Zhao Ziyang: ruanjinzhong de tanhua), Hong-Kong, Kaifang, 2007. On lira aussi Le tremblement de terre de Pékin, Jean-Philippe Béja, Michel Bonnin, Alain Peyraube, Editions Gallimard, janvier 1991, notamment les pages 231 à 233, où il est fait état d'articles du Renmin ribao. On se reportera aussi à Perspectives chinoises n°2009/2 "Dossier : 1989, une rupture dans l'histoire chinoise ?" *** Voir dans l'Album photos du Blog : celle de Zhao Ziyang s'adressant aux étudiants.

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