Des grèves récentes en Chine et leurs enjeux (10 juin 2010)

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

Nous avons assisté, ces derniers jours, à des "unes" de médias écrits et audio-visuels comme quoi la Chine était au bord de la crise sociale parce qu'il y avait des mouvements de grève... Médias qui ne s'intéressent pas aux milliers de conflits sociaux et mouvements collectifs qui ont lieu chaque année en Chine. Et ce depuis de nombreuses années*** Le contexte. Les chambres de commerce européenne et américaine, comme d'autres intérêts capitalistes-impérialistes (l'impérialisme étant caractérisé par l'exportation de capitaux) situés ailleurs à Taïwan, au Japon, etc., s'opposent depuis de longues années à la mise à niveau du droit du travail en Chine. A savoir, ils s'opposent concrètement à l'établissement général de contrats écrits, au paiement régulier des salaires et des heures travaillées, à la prévention des risques professionnels, à la réduction de la pénibilité et du travail de nuit, etc. L'objectif de ces lobbies extrêmement puissants est de contrer les actions du gouvernement central visant à construire une base minimale de droit du travail. Ces lobbies s'appuie notamment sur des intérêts provinciaux (fractions des gouvernements des Provinces chinoises). Ces lobbies veulent profiter d'une main d'oeuvre la plus corvéable et la moins payée possible, tout en étant la plus qualifiée, efficace et productive possible. "Ecraser" la main d'oeuvre en Chine c'est diminuer le coût de l'importation, ou faciliter la vente dans d'autres pays concurrents. Inutile de dire que ces intérêts s'opposent à une implantation syndicale visant à défendre les intérêts moraux et matériels des travailleurs.*** Pour un travail décent ! Le groupe taïwanais Foxconn Technology (sous-traitant de Hewlett-Packard, Apple, Nokia, Dell ou Sony) a connu une vague de suicides de salariés (au moins 11 salariés sur le site industriel d'assemblage de produits électriques à Longhua depuis début 2010, site qui compte 300 000 salariés dans la Province de Shenzhen). Les conditions d'exploitation, des conditions de travail et de vie, ainsi que les modes de management ont été directement mis en cause. Il y a eu beaucoup d'émotion et de protestation des familles et d'un certain nombre de collègues des personnes qui sont décédées. Douze heures de travail par jour pour un salaire de 900 yuans (90 euros), pression de productivité, avec nécessité d'accepter des heures supplémentaires par obligation et pour assurer l'envoi d'argent à la famille résidant dans d'autres zones urbaines ou rurales...*** Le suicide a, en Chine, une autre dimension, il reste un acte digne de désespoir et de révolte ayant un aspect vengeur. La honte est rejetée sur celui qui a poussé la victime à se suicider. Des travaux sociologiques l'ont montré. Si on fait référence aux supersitions et croyances populaires chinoises, beaucoup de celles-ci mentionnent que le fantôme du suicidé va poursuivre le responsable, jour et nuit, dans sa vie terrestre ainsi que dans l'au-delà, afin qu'il ne connaisse aucun repos !*** La Direction de Foxconn, société qui fait partie de l'entreprise taïwanaise Hon Hai Precision Industry Co. et qui emploie 800 000 travailleurs dans la Chine continentale, a annoncé mercredi 9 juin 2010 une augmentation de 30% des salaires à partir du mois de juin.*** Mouvements de grève. Depuis le 20 mai, les 1900 employés de l'usine Honda de Foshan (Province du Guangdong) ont obtenu récemment une augmentation de salaire de 24%. Pour autant, 250 ouvriers de Foshan Fenghu Auto Parts ont déclenché un mouvement de grève le 7 juin. Le 30 mai à Beijing, les 1000 ouvriers d'un sous-traitant automobile du sud-coréen Hyundai ont cessé le travail et obtenu satisfaction.**Le 28 mai, plus de 1000 ouvriers de l'entreprise automobile Xingyu à Beijing ont fait grève. Mouvements de grève aussi dans les filatures au Zhejiang, à Nanjing et à Shenzhen, dans les villes de Datong et de Lanzhou (nord) et au Henan (Centre) où 5000 ouvriers ont bloqué une usine de coton pendant deux semaines.**La direction des usines du taïwanais Hon Hai Precision a annoncé une hausse de 30% des salaires. D'autres grèves ont été signalées dans les Provinces du Yunnan, Henan, Gansu, Shandong et Jiangsu.*** Fidèles à eux-mêmes, les capitalistes-impérialistes envisagent de délocaliser. Des études de consultants mentionnent des délocalisations possibles, soit dans des régions intérieures de la Chine, soit au Vietnam, Indonésie, Thaïlande, Inde,... L'appel à l'immigration ou les délocalisations sont des armes puissantes aux mains des profiteurs (appel à des briseurs de grève, mise en concurrence au sein du salariat grâce à des travailleurs immigrés,... autant de facteurs de déstabilisation du salariat avec création d'une armée de réserve corvéable (armée de demandeurs d'emploi prêts à accepter des conditions effectives de travail au rabais) au plan national ou à l'étranger, l'Histoire l'a démontré à maintes reprises sur tous les continents.***Pour remettre les pendules à l'heure, mentionnons le nombre de protestations collectives en Chine en 1993 : 10 000, et 60 000 en 2003, avec un nombre de participants passant de 730 000 en 1993 à 3 070 000 en 2003. Ce sont des minima. Des données plus récentes existant pour ceux qui s'intéressent durablement au sujet.***Il est important de démasquer ceux qui ont les Droits de l'Homme à la bouche et qui en fait s'opposent de toutes leurs forces à leur application dans d'autres pays ! Le "travail décent" n'est pas du goût de ces faux défenseurs des Droits de l'Homme.*** Les travailleurs chinois ont légitimement droit à un travail et des salaires décents, ils ont droit à s'organiser syndicalement et à recourir à la grève. La Chine, en tant qu'Etat national, a intérêt à une augmentation des revenus salariaux, conjuguée à une amélioration notable et généralisée de la protection sociale, afin que se développent une consommation de masse forte et un marché intérieur solide, stable et en expansion. La réduction des injustices sociales flagrantes, et l'augmentation du niveau de vie et de sécurité sociale est une des mesures indispensables pouvant éviter l'augmentation des suicides, le développement des violences inter-personnelles et de la délinquance violence, l'accroissement des sujets aux pathologies mentales, les actes fous, tels que ceux qui ont frappé ces derniers temps des enfants dans leurs établissements scolaires. Des gens sans avenir social s'en prennent aux enfants qui représentent l'avenir ! Combattre la violence, ses racines et ses manifestations est un impératif mondial. Contre l'exploitation, la mise en concurrence et la guerre économique ou militaire, l'amitié et la solidarité entre les peuples !

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