En 2011, la fête du double yang ou double neuf aura lieu le 5 octobre ! C'est le jour le plus yang de l'année !

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

La fête du double yang ou double neuf (neuvième jour du neuvième mois lunaire) a plusieurs significations : fête de la progression et de l’escalade, fête de la protection et des chrysanthèmes, fête des personnes âgées… Le sens de cette fête a évolué au cours du temps. C'est ce que nous verrons dans l'article ci-dessous.

 

En 2011, la fête du double yang aura lieu le 5 octobre !

 

« Le chiffre neuf, chiffre de l’empereur et homophone de l’éternité est ici doublé, c’est un gage d’un jour faste. » (cf. Agnès Auger, Le mot et l’idée : chinois.)

 

Origines et significations de cette fête

 

Un site Internet chinois indique : « De son nom chinois Fête du double yang (Chongyangjie) car neuf est un chiffre yang, cette fête a des origines assez obscures et très discutées. Elle est mentionnée dans des écrits de l’époque des Han occidentaux décrivant la vie dans la capitale Chang’an. On peut reconnaître dans ses rites actuels une fonction de protection contre les calamités et un certain rapport avec les ancêtres (visite des tombes dans certaines régions).

L’activité principale du jour (deng gao) qui consiste à grimper sur une hauteur pour y pique-niquer est censée reproduire une action autrefois sauvé la vie à un groupe de personnes. Il existe plusieurs versions de l’histoire différant par l’identité des personnages et le type de calamité évitée. Sont associés à cette excursion l’absorption prophylactique de vin de chrysanthème (juhuajiu), justement en pleine floraison, ainsi qu’une herbe nommée zhu yu aux vertus apotropaïques. Dans les temps anciens, des branches et des feuilles étaient aussi suspendues aux portes et fenêtres pour chasser les démons.

Peut-être est-ce parce que les collines sont souvent choisies comme lieu de sépulture que ce jour-là, dans certaines régions, on visite et nettoie les tombes des ancêtres comme au jour de Qingming. Ce lien avec les tombes ancestrales et le fait que le chiffre neuf (jiu), homonyme de longtemps, soit un symbole de longévité ont fait désigner officiellement la Fête du double neuf comme ‘journée de la personne âgée’.

D’autres activités qui tirent parti des caractéristiques saisonnières enrichissent la fête : jeu de cerfs-volants car le vent est souvent fort à cette période, ou contemplation de chrysanthèmes.

Un gâteau cuit à la vapeur (chongyang gao) contenant des châtaignes, des pignons de pin et autres graines et fruits secs, décoré d’un drapeau en papier, est également au menu de la journée. Comme tous ses homologues des fêtes chinoises, ce gao (gâteau) par son homonyme avec ‘haut’ représente un souhait de développement et de prospérité.

Contrairement aux autres grandes fêtes qui sont restées généralement populaires, la Fête du double neuf est de nos jours très inégalement observée. Néanmoins, son existence et les coutumes qui y sont associées continuent d’être enseignées aux jeunes générations à travers les cours de civilisation du programme des écoles primaires. » Voir le site du Bureau touristique de la municipalité de Xi’an http://www.fra.xian-tourisme.com

 

Jacques Pimpaneau nous fournit de précieuses explications : « Neuf est le chiffre yang (impair) le plus élevé, donc le jour le plus yang est le neuvième jour du neuvième mois (jiujiu), aussi appelé double yang (chongyang) ou double neuf (chongjiu). C’est sans doute à l’origine une fête solaire, ce qui expliquerait pourquoi la coutume voulait qu’on monte sur des hauteurs pour manger et boire du vin. Cueillir des xanthoxyles (zhuyu) pour se les mettre dans les cheveux et boire de l’alcool dans lequel avaient macéré des chrysanthèmes étaient sans doute des vestiges de rites pour se protéger des influences néfastes. C’était aussi la fête des Chrysanthèmes (juhua), aussi appelées ‘fleur du neuvième mois’ (jiuhua), dont on ornait les maisons et dont on entassait les pots pour former une pyramide (jiuhua shanzi). La légende veut que cette fête commémore le fait qu’à la fin des Han Postérieurs, Fei Changfang ait averti son ami Huan Jing, qui vivait à Ruonan, de quitter sa maison ce jour-là et de partir dans les collines pour éviter une calamité. De fait, quand Huan Jing revint, il découvrit sa maison saccagée et ses animaux tués et lui-même n’échappa à la mort que pour être parti se réfugier sur une colline. » (Jacques Pimpaneau, Chine. Culture et traditions, page 185).

 

Jacques Pimpaneau souligne : « Le phénomène important est que sur des fêtes probablement liées à une religion des forces naturelles, comme la lune, le soleil, le dieu du Sol, l’expulsion des pestilences, s’est surimposée une pensée rationnelle issue du confucianisme d’Etat, qui n’a pas pu éliminer ces fêtes mais a essayé de les vider de leur contenu religieux. […]. Dans les milieux paysans, le sens ancien s’est maintenu plus vivace pour des raisons évidentes, puisque là les hommes étaient plus sujets aux forces de la nature. Par contre chez les citadins et les lettrés, la tendance nouvelle a prévalu et souvent ce qui avait un caractère véritablement religieux n’est plus devenu qu’une occasion de se souvenir, de se réunir, de partager un repas ensemble ; et le rite ne fut plus qu’un amusement vidé de son origine. Ceci est évident […] pour la fête du neuvième jour du neuvième mois. La forme de la fête est restée, mais sa justification a changé ; celle-ci ne devint plus qu’une vague légende parce qu’une fête a besoin d’une raison d’être. […]. Un vague incident de quelqu’un qui prévient un ami de fuir un danger devient un prétexte  bien mince pour la fête du double neuf. Les fêtes liées au calendrier solaire, sauf Qingming, parce qu’elle est devenue la fête capitale du culte ancestral, ont moins bien résisté à cette absorption dans le confucianisme d’Etat ou ont été transférées dans le calendrier lunaire. La raison en est que la rationalisation qui a succédé à la religion antique était un produit de la civilisation urbaine, tandis que le calendrier solaire était surtout utilisé dans les campagnes. Les fêtes chinoises montrent donc bien comment une culture a créé des fêtes profondément enracinées dans des croyances et comment ces fêtes ont survécu aux croyances pour ne plus garder que des rites dont le sens  est tombé dans l’oubli et qu’on justifie alors par de vagues commémorations en accord avec la morale régnante, sans attacher d’ailleurs beaucoup d’importance à cette justification surajoutée. […]. Il fallait garder ces fêtes dans la mesure où d’autres n’étaient pas venues les remplacer, simplement parce qu’on avait besoin de la fête, ce moment où l’on se sentait les fils du passé et pas seulement  des êtres isolés dans l’instant présent, ce moment où derrière le rituel restait la communion d’un festin partagé en commun, ce moment où l’on dépensait pour le plaisir ». (pages 186-187).

 

Une fête souvent célébrée par les poètes et les lettrés

 

Le « Festival du Double Yang », c’est, selon Georgette Jaeger (Les lettrés chinois, Editions de la Baconnière, 1977) « par excellence la fête des lettrés. Tous les poètes y font allusion, car c’est pour eux l’occasion de se réunir pour passer la nuit à boire et à versifier au clair de lune. » (page 74.) A l’occasion de la Fête du double neuf, « on distribuait des rameaux de cornouiller aux fonctionnaires de la Cour. » (page 148.)

 

Sung-Nien Hsu, auteur d’une anthologie de la littérature chinoise, cite deux poèmes anciens :

Celui de Meng Hao-Jan (690-740) : « En me rendant à la maison des champs de mon ami ».

« Mon ami a préparé un poulet et du mil,

Il m’invite à déjeuner dans sa maison champêtre.

Les arbres verdoyants entourent le village,

Et, en dehors de la muraille, là-bas, les montagnes bleues s’allongent obliquement.

En face de l’aire, on dresse la table,

Une coupe de vin en main, on parle de la récolte des feuilles de mûrier et de chanvre.

‘Quand viendra la fête du Double Yang,

Je retournerai ici pour contempler vos chrysanthèmes.’ »

 

Celui aussi de Wang Po (Wang-Tseu-ngan) (648-675) : « Le Neuf » :

« Le Neuf est la fête du Double Yang ;

J’ouvre la porte, les chrysanthèmes sont en fleurs.

Je suis étonné de recevoir du vin,

Et quelle est cette famille T’ao, la donatrice ? »

 

Sung-Nien Hsu écrit : « Les Chinois considèrent le chiffre neuf comme le chiffre du principe Yang […]. Le Neuf de la neuvième lune (octobre ou novembre), contenant deux fois neuf est donc le jour du Double Yang. Le magicien Pi Tch’ang-fang qui vécut sous les Hans Orientaux (25 av. J.-C. – 219) conseille à un certain Houan King de passer le jour du Double Yang au sommet de la montagne, en portant dans un sac rouge des fleurs de cornouiller pour éviter le malheur qui allait éprouver sa famille. Houan King suivit le conseil et, dès son retour, grande fut sa surprise en voyant les volailles et son chien morts mystérieusement. Depuis, ce jour devient une fête pendant laquelle on boit du vin contenant des fleurs de chrysanthèmes. Ce vin possède, dit-on, la vertu de prolonger la vie humaine. » (cf. Sung-Nien Hsu, Anthologie de la littérature chinoise des origines à nos jours : la poésie. Le roman. Le théâtre. La philosophie. L’histoire, Librairie Delagrave, 1932.)

 

Alain Montandon indique que « la fête du Double Neuf, qui a lieu le neuvième jour du neuvième mois, est […] fréquente dans les poèmes. Elle est mentionnée, sous forme de date, dans le texte du poème de Li Bai, ‘le neuvième jour du neuvième mois, buvant sur le mont du Dragon’, dans celui du moine Jiaoran, ‘un neuvième jour, en buvant du thé avec Lu Yu, lettré retiré’, ou encore dans ce poème de Wang Wei ‘le neuvième jour du neuvième mois je me souviens de mes frères à l’est du mont [Hua]’. Elle est aussi appelée fête du double yang (Chongyang) comme dans un poème de Meng Haoran’. » (cf. L’Automne, Alain Montandon, 2007.)

 

Le poète Wang Wei a écrit « Pensées envers mes frères, le jour de la Fête du double Yang au Shandong » :

« Pensées envers mes frères, le jour de la fête du double yang au Shandong

Voyageur esseulé dans une contrée lointaine,

Je pense doublement à ma famille en ce jour de fête.

Je sais que mes frères grimpent sur la montagne,

Et que s’ils participent à la cueillette des cornouilles, il leur manque une personne. »

Cette poésie a été écrite par Wang Wei « alors qu’il n’avait que 17 ans. A l’époque, ses parents et ses frères se trouvent au nord de Huan Shan (Mont Hua) dans son village natal. Lui habite Chang An, alors capitale de la Chine, et souffre d’être seul et isolé de sa famille, d’autant plus que nous voilà au milieu de l’automne : le neuvième jour de la neuvième lune. C’est la Fête du double yang ou fête du double 9, où chaque famille se rassemble. Cette poésie est écrite en l’honneur de ce jour de joyeuse fête. A l’époque de la dynastie Tang, cette fête était importante. Ce jour-là, chaque famille se doit de grimper sur une hauteur et de recueillir des plantes parfumées dont les cornouilles médicinales. A cette occasion, on boit du vin parfumé aux fleurs de chrysanthèmes et on mange des gâteaux cuits à la vapeur contenant châtaignes et fruits secs. On admire aussi les cerfs-volants et on s’adonne à la contemplation des chrysanthèmes. » (cf. site Internet fournetmarcel.free.fr consulté le 21 septembre 2011.)

 

Nous avons trouvé une autre traduction de ce poème de Wang Wei (Wang Mou-ki 699-759) :

« Pendant la fête du Double Neuf je pense à mes frères qui sont dans le Chan-tong.

Seul, je séjourne dans les pays étrangers ;

Pendant chaque belle fête, je pense davantage à mes êtres chers !

Lorsque vous montez sur une élévation

Et que vous vous ornez tous de la fleur de cornouiller,

Je sais, de loin, qu’il vous manque une personne ! »

(cf. Sung-Nien Hsu, Anthologie de la littérature chinoise des origines à nos jours : la poésie. Le roman. Le théâtre. La philosophie. L’histoire, Librairie Delagrave, 1932.)

 

La poète Li Qingzhao (1084-1141) a écrit « Sur l’air d’ivresse à l’ombre des fleurs » :

« Brume légère, nuages lourds assombrissant / l’interminable jour

Le bâton de camphre dans l’animal d’or brûle / encore

La fête du Double-Neuf est /

Déjà de retour

Sur l’oreiller de jade /

Derrière le paravent de soie

Le milieu de la nuit m’apporte enfin un peu de fraîcheur

A la palissade de l’est / je lève ma coupe de vin / le crépuscule s’éteint

Un parfum sourd pénètre ma manche

Rien ne dit que je n’en perdrais pas l’esprit

Le store s’enroule autour du vent d’ouest

Ma vie plus maigre qu’un pétale de chrysanthème. » (cité par Camille Loivier dans Encres de Chine, page 79.)

 

Nous avons trouvé une autre traduction issue d’Anthologie de la littérature chinoise des origines à nos jours : la poésie. Le roman. Le théâtre. La philosophie. L’histoire (Sung-Nien Hsu, Librairie Delagrave, 1932) :

 

« Ivre sous l’ombre des fleurs (Le Jour du Double Yang)

Sur la rivière, à midi, le léger brouillard et l’épaisse vapeur attristent le paysage.

Le brûle-parfum d’or en forme d’animal exhale la fumée odorante de l’encens.

De nouveau arrive la belle fête de Double Yang !

A minuit, la fraîcheur automnale commence à pénétrer,

Dans l’alcôve faite de mousseline, jusqu’à mon oreiller précieux.

 

Après le crépuscule, à la haie de l’Est, je savoure le vin ;

L’arôme invisible des fleurs envahit mes manches.

Ah ! ne dites pas que ce n’est pas le moment où l’âme se fond :

Le vent d’Ouest soulève le rideau,

Je suis aussi languissant que ces fleurs de chrysanthèmes ! »

 

Camille Loivier dans Encres de Chine (collectif, textes rassemblés par Camille Loivier, sous la direction de Jean-Michel Maulpoix, 2004) indique : « Le chrysanthème n’est pas lié à la mort, il est au contraire la fleur qui s’épanouit à l’automne et ne craint pas les premiers gels ; elle pousse, fleurit, persiste. Ce sont ses vertus. Le pétale est mince pourtant dans la fleur touffue et serrée. Il ressemble à un long doigt de lettré qui ne travaille pas de ses mains ou encore à un long corps. » (Encres de Chine, page 80.)

 

Il existe une « représentation fameuse d’une réunion de lettrés, Jiuri Xingan wenyan tu, réunion littéraire à Xing’an lors de la Fête du Double Neuf, réalisé par Fang Shi-shu (1692-1751) et Ye Fanglin […] à Yangzhou pour les frères Ma en 1743. » (cf. Arts asiatiques, volume 60, Ecole française d’extrême-orient, 2005, page 47.)

 

Henri Gougaud, dans son ouvrage sur les contes, fait référence au récit suivant : « Fan Shi dit à Zhang : c’est demain la fête du Double-Neuf, petit frère. Souvenons-nous de ce jour. Dans une année exactement, si tu me le permets, je viendrai sans faute chez toi. » « Un mois avant la fête du Double-Neuf il fit engraisser le plus beau poulet de sa basse-cour. Au jour dit il se leva de bonne heure, balaya sa maison, fit brûler de l’encens, orna la table de pétales de fleurs. » « Ce matin, comme je sortais de mon lit, j’ai entendu les chants de la fête du Double-Neuf dehors, dans la ruelle, et je me suis souvenu de notre promesse. » (Henri Gougaud, L’arbre d’amour et de sagesse : contes du monde entier, Editions du Seuil, 1992, extraits pages 175 à 177.)

 

« Devant le spectacle de la lune, au Pavillon de l’Onde Azurée, tous les tracas de l’existence se sont dissipés pour Shen Fu : ‘tout souci vulgaire était aboli, nous nous sentions légers et libres. » « Shen Fu […] , avec son ami Honggan, sont partis, à la Fête du Double Neuf, à la montagne, comme c’était la coutume, pour monter sur la hauteur, mais c’était aussi pour prospecter leur ermitage. » (cf. Muriel Détrie, Littérature et Extrême-Orient : le paysage extrême-oriental, Champion, 1999.)

 

Même dans des contextes extrêmes et difficiles, le Double Neuf est célébré : En octobre 1929, Mao Zedong écrit : « Le Double Yang (double neuf). Sur l'air de Cai sang zi »

 

« L'être humain vieillit vite, mais pas la nature ;
Tous les ans revient le Double Yang
Cette année, pour le Double Yang,
Sur les champs de bataille, l'arôme des fleurs d'or qui s'exhale est encore plus pur.

Chaque année, en son temps, souffle le vent d'automne ;
Ce n'est pas la splendeur du printemps.
C'est encore plus beau que l'éclat du printemps :
Aux confins du fleuve et du ciel s'étend l'immensité du givre. »

 

Un site Internet chinois vante les qualités des plantes médicinales récoltées lors de cette fête ainsi que les mérites du vin de chrysanthèmes (note : le terme vin est souvent employé par les Chinois pour désigner des alcools de céréales) : « Le neuvième jour du neuvième mois lunaire est la Fête du Double Neuf, une fête traditionnelle chinoise. A l’occasion de cette fête, on fait de l’escalade, on admire les chrysanthèmes, on boit du vin aux chrysanthèmes, on fait des sachets aux cornacées et on mange des gâteaux. Lors de la Fête du Double Neuf, les fruits sauvages et les plantes médicinales étant mûrs, les paysans vont les cueillir dans les montagnes après avoir terminé les récoltes, d’où vient la coutume de l’escalade symbolique. A ce moment-là, le temps est agréable et la température fraîche, ce qui est favorable à l’escalade et aux excursions. C’est pourquoi la fête est aussi appelée Fête de l’Escalade. Par escalade, on sous-entend la promotion, la dissipation des malheurs et la longévité. Aussi, les Chinois appellent-ils la Fête du Double Neuf ‘Fête des personnes âgées’ ou ‘Fête du respect des personnes âgées’. Toutes sortes d’activités destinées aux personnes âgées sont menées à cette occasion. Cette fête est également appelée Fête des Cornacées. Dans le sud de la Chine, il fait chaud et humide aux environs de la Fête du Double Neuf. Les cornacées, une plante médicinale, sont utilisées contre les vers, d’où vient la coutume de la confection des sachets aux cornacées. Les chrysanthèmes sont en fleur autour de la Fête du Double Neuf. Admirer les chrysanthèmes en buvant du vin constitue une des principales activités de cette fête. En Chine, pays natal des chrysanthèmes, la plantation générale de ces fleurs est une longue histoire. Le vin aux chrysanthèmes peut non seulement prévenir des maladies mais aussi prolonger la vie. Selon la légende, on prépare du vin aux chrysanthèmes à l’occasion de la Fête du Double Neuf pour le boire l’année suivante à la même occasion. Le neuvième jour du neuvième mois lunaire, on prend des fleurs et quelques feuilles vertes, on les mélange aux céréales et on prépare un vin à boire le même jour de l’année qui suit. Du point de vue médical, le vin aux chrysanthèmes peut éclaircir la vue, guérir les vertiges, diminuer l’hypertension, faire maigrir, détendre le corps, tonifier le foie, tranquilliser les intestins et l’estomac et faire circuler le sang. Les poètes profitent de ce beau temps pour admirer les chrysanthèmes en buvant du vin et en composant des vers. On a aussi l’habitude de manger, à l’occasion de la Fête du Double Neuf, des gâteaux cuits à la vapeur avec de la farine, des jujubes, des marrons et de la viande. Certains gâteaux ressemblent à une pagode à neuf niveaux surmontée de deux petits moutons pour une raison d’homonymie en chinois. » Source : « La Fête du Double Neuf et le vin aux chrysanthèmes », site de China Internet Information Center, http://It.China.com.cn

 

Hommages aux lointains absents, cerfs-volants, prévention de risques divers (démons, razzias, maladies) et effets bénéfiques des plantes médicinales…

 

Au sein du jardin impérial (Yuhua Yuan) à Beijing, sur l’angle nord-est, « est aménagée une petite colline artificielle, la montagne de l’Excellence accumulée. Du kiosque placé au sommet, lors de la Fête du Double Neuf […], la famille impériale adressait un salut et une prière aux lointains absents. » (cf. Henri Beaumont, Chine, Editions Marcus, page 103.)

 

Maurice Louis Tournier (L’imaginaire et la symbolique dans la Chine ancienne, L’Harmattan, 1991) écrit : « Larre (Les Chinois) affirme que le cerf-volant a une origine magique ou rituelle. Il aurait figuré l’esprit des défunts qui s’envolent, rattachés au monde des vivants par un fil ténu. Ce serait donc à rapprocher des immortels ailés. » La fête du Double Neuf est une fête « au cours de laquelle tout Chinois qui se respectait devait partir en famille pour un pique-nique dans les montagnes. Une modeste colline faisait l’affaire. On y buvait un vin de riz spécial, parfumé avec des pétales de chrysanthème jaune (fleur solaire). Cette fête était nettement distincte de celle de la Mi-automne, héritée de la fête des moissons. Celle-ci était moins joyeuse ; peut-être la pointe d’anxiété marquant la fin de l’automne ; peut-être les récoltes commençait autrefois la période des razzias. Quoi qu’il en soit on allait boire en montagne des filtres contre les pestilences hivernales. » (page 377.)

 

Xinhua indique que « la fête du Double Neuf a lieu au 9e jour du 9e mois lunaire (environ en octobre). Selon le Yi Jing, livre ancien et mystérieux, 6 est un chiffre yin et 9 un chiffre yang. Le 9e jour du 9e mois signifie deux chiffres yang. De plus, les deux « 9 » ont une même prononciation en chinois que le mot « longévité ». Ainsi, les ancêtres chinois pensaient que c'était un jour propice qui méritait d'être célébré.
Gravir la colline le 9 du neuvième mois lunaire pour s'écarter des épidémies est une coutume transmise depuis l'antiquité. D'où son autre appelation : la « fête où l'on gravit les hauteurs ». Plusieurs poèmes anciens ont donné une description de la montée de la montagne. Aujourd'hui, quand la fête arrive, beaucoup de personnes vont gravir les montagnes.
Ce jour-là, on a coutume de manger des gâteaux « double yang ». Le mot «gâteau» et le mot «montée» sont en chinois homonymiques. Leur prononciation est considérée favorable, car elle est interprétée comme «progresser davantage encore». Parmi les autres gâteaux variés, le gâteau neuf-feuilles ou en forme de pagode est le plus recherché.
Depuis l'antiquité, les Chinois adorent le chrysanthème. En automne, les chrysanthèmes variés s'épanouissent et rivalisent de splendeur. La fête du Double Neuf est justement une bonne occasion d'admirer les chrysanthèmes. Ce jour-là, on boit aussi du vin fait de chrysanthème. Dans les temps anciens, les femmes aimaient mettre une fleur dans leurs cheveux, des branches et des feuilles étaient aussi suspendues aux portes et fenêtres pour chasser les démons.
En 1989, le gouvernement chinois a rendu officiellement le 9 du neuvième mois lunaire la fête des personnes âgées. Ce jour-là, les organismes administratifs, organisations populaires et bureaux de quartiers résidentiels organisent pour les retraités des excursions en montagne, l'admiration des paysages d'automne dans des sites pittoresques ou encore des activités sportives. Beaucoup de familles offrent également aux aînés un cadeau ou les accompagnent pour faire une promenade. » (Cf. article mis à jour le 15 novembre 2007, publié sur le site Internet du Quotidien du Peuple, consulté le 29 septembre 2011.)

 

Bonne fête du double yang à tous !

 

 

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