En Chine, fête de la mi-automne : fête populaire, de la lune, des femmes, des amoureux et de la fin des récoltes

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

Cette année, la fête de la mi-automne commencera le 22 septembre 2010.** La fête de la Mi-Automne, le 15 de la huitième lune (pleine lune de septembre), remonte très loin dans l'histoire du « Pays du Centre » ou « Pays du Milieu » (zhongguo). Dans la Chine antique, on rendait hommage au soleil au printemps et à la lune en automne.** Dans les documents de la dynastie des Zhou (environ 11ème siècle-256 avant J.C.), on relève des inscriptions sur la « mi-automne ». Plus tard, imitant ces inscriptions, les nobles et les lettrés admiraient la pleine lune, lui rendaient hommage et lui exprimaient leurs sentiments dans la nuit de la fête de la Mi-Automne. Cette coutume s'est transmise aux milieux populaires. Cette fête est devenue progressivement une tradition. Vers la dynastie des Tang (618-907), la fête de la Mi-Automne est devenue régulière ; à l'époque des Song (960-1279), elle était solennelle ; et sous les dynasties des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911), elle est devenue l'une des principales fêtes en Chine. (D’après CCTV et Beijing Information).** Certaines sources indiquent que sous les dynasties Han et Tang, l’oppression des femmes était moins forte comparativement à d’autres périodes. La condition sociale des femmes s’exprimait notamment par une vie sexuelle moins contrainte, le droit de porter des vêtements suggestifs et la possibilité de promenades à l’extérieur en groupes.** Une source (Menglianglu, 1275) mentionne que la fête du 15 de la huitième lune, est une fête de la lune et des femmes. Dans la lune dévorée chaque mois par un crapaud noir, se trouve un lapin qui pile un élixir de longue vie au pied d’un acacia dont les feuilles et l’écorce servent à préparer cette drogue. Une autre légende veut que ce soit, non pas un lapin, mais un crapaud à trois pattes qui habite la lune ; selon une autre encore, un palais est construit sur cet astre où logent la reine de la lune et ses suivantes, toutes d’une beauté extraordinaire. Le soir du 15 du huitième mois, la lune est plus brillante que jamais. On fabrique des « gâteaux de lune » et l’on mange des fruits à pépins, gages de nombreux enfants. Les riches montent à l’étage de leurs pavillons et de leurs kiosques pour y admirer le clair de lune et y boire de l’alcool en écoutant des solos de cithare. Cette nuit-là, la ville est pleine de promeneurs, et les boutiques de la Voie impériale restent ouvertes plus tard que de coutume.** Dans un de ses ouvrages, Jacques Gernet nous informe sur le culte officiel de l’Empire : Au quatrième coup de tambour, avant l’aube, l’Empereur se coiffe et va « sacrifier » à ses ancêtres. Dans la nuit, des soldats munis de torches et portant les insignes impériaux se postent des deux côtés de la grande avenue, sur tout le parcours que va suivre l’empereur depuis le Temple suprême jusqu’à l’autel des sacrifices au Ciel. Les flambeaux sont si nombreux qu’on y voit comme en plein jour. Quand l’empereur monte sur son char, toutes les lumières en dehors du parcours sont éteintes. Le son des tambours et des trompes au son grave ébranle la terre pendant qu’une foule immense et silencieuse couvre la plaine qui s’étend au pied de l’autel. Les musiciens de la cour exécutent des airs rituels.** Tang Ke Yang, spécialiste chinois en littérature comparée, explique que la Lune appartient d’abord aux amoureux. Dans les légendes populaires de Chine, on raconte que Chang E, la Déesse de Lune, s’occupe du mariage des gens sur terre. Et parmi le peuple Miao se répand la « danse de la Lune ». La nuit de la fête de mi-automne, les jeunes Miao choisissent un endroit bien éclairé par la Lune pour entrer dans la danse gracieuse durant laquelle chacun cherche la personne de son cœur.** Alexis Lavis, dans un ouvrage publié en 2008, indique : « On célèbre cette fête la nuit du quinzième jour du huitième mois lunaire (au environ de l’équinoxe d’automne), au moment où la pleine lune est la plus ronde et la plus lumineuse de l’année. On rend alors hommage au Dieu du Sol et on le prie pour obtenir sa faveur durant l’année qui suivra. Les origines de cette fête sont sûrement agricoles : on y célébrait la fin des récoltes. Derrière le Nouvel An lunaire, c’est durant cette fête que les Chinois prennent leurs congés. La lune est au centre de cette fête que les Chinois appellent aussi ‘fête de la lune’ (yuejie). Sont aussi organisées des festivités ‘au clair de la lune’, notamment des piques-niques nocturnes très populaires. En ville, les parcs et les cours des écoles restent ouverts à cet effet, et certains n’hésitent pas à s’installer sur le trottoir pour y sortir leurs barbecues. Les enfants se promènent avec des lanternes éclairées. A la campagne, les fermiers célèbrent la moisson et la fin de la saison agricole par de grands festins en plein air. C’est durant cette fête que l’on mange des ‘gâteaux de lune’ (yuebing) en l’honneur d’une victoire militaire du grand empereur Li Shimin de la dynastie Tang (618-907).»** La fête de la Mi-Automne a lieu lorsque les cultures sont moissonnées. Et le temps est agréable. Lors de la fête, les membres de la famille ou les amis se réunissent autour d’une table placée dans une cour pour admirer la lune lumineuse, en bavardant et en dégustant des gâteaux et des fruits. Dans les sites pittoresques, les activités de fête sont plus riches et variées (CCTV et Beijing Information).***** Comme l’indiquent les quelques sources ci-dessus, cette fête est un hommage aux bienfaits de l’astre lunaire et de la terre nourricière, une invitation à la rêverie et à l’amour, un moment convivial et de congés, une expression de vie remplie d’espoir, de bonheur, de travail et d’enfants. Bonnes fêtes de la mi-automne aux amis chinois !

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