Georges Frêche et la Chine

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

Georges Frêche et la Chine

 « C’est dans les années 1960 que Georges Frêche, alors étudiant HEC, prit contact avec la Chine, à l’époque, en plein bond en avant. Cela fait donc presque un demi siècle que le Président [du Conseil régional Languedoc-Roussillon] est un ami et un partenaire de la civilisation chinoise. Il milita dans l’Association culturelle ‘France-Chine’, chargée de répandre la culture chinoise en Occident. Il fait également partie des premiers groupes politiques qui se rapprochent des idées chinoises au moment où fugitivement la Chine de l’époque va condamner le stalinisme. » (Dossier Montpellier Agglomération et la Chine, un réseau d’échanges et de partenariats, 26 juin 2007).

En 1964, « Georges Frêche fait partie des rares invités au premier repas de l’Ambassadeur de Chine à Neuilly après la reconnaissance de la Chine par le général de Gaulle. Il participera avec les autorités chinoises à l’ouverture de la [Librairie Le Phénix] à Paris, qui existe toujours. » (Dossier Montpellier Agglomération et la Chine, op. cit.)

« Quand il évoque son lointain passé de militant maoïste, Georges Frêche affiche une pointe de nostalie attendrie. Son parcours ‘pro-chinois’ n’a pourtant rien de commun avec celui d’un Serge July, d’un Bernard-Henry Lévy ou d’un Philippe Solers. En dépit de leurs frasques abondamment captées, aucun d’entre eux n’a été arrêté par le police suisse à la sortie de l’ambassade chinoise à Berne. En juin 1965, Georges Frêche se fait pourtant ‘cueillir’ sur le territoire helvétique, en compagnie de plusieurs militants. […]. Le schisme sino-soviétique, qui marque l’éclosion des mouvements maoïstes, date de 1963. […]. Georges Frêche apparaît dans cette période comme un jeune universitaire, fasciné par les idées nouvelles. Sans attendre, il rejoint les Amitiés franco-chinoises. Dès 1964, il adhère à la Fédération des cercles marxistes-léninistes que dirigent Jacques Jurquet et François Marty. » (« Un pro-chinois nommé Georges Frêche, Chistophe Bourseiller, L’Express 5 juillet 2005, christophebourseiller.zumablog.com).

Engagé contre le colonialisme jusqu’à la fin de la Guerre d’Algérie, « il adhère en 1964 à la Fédération des cercles marxistes-léninistes, où il signe Georges Lierre ses articles dans l’Humanité nouvelle. Exclu à l’automne 1965 pour avoir voulu fomenter une dissidence contre l’appareil de la FCML, il rejoint un temps le cercle marxiste-léniniste de France issu du ‘groupe de Clichy’ proche de Patrick Prado et Claude Beaulieu. » (Christophe Bourseiller, Les maoïstes, Ed. Seuil, Points essais, 2008, pages 67, 74-75).

A cette époque, il semble que Georges Frêche ait tenté de supplanter politiquement les membres fondateurs du mouvement communiste marxiste-léniniste (Jacques Jurquet, François Marty,…) en faisant la tournée des cercles marxistes-léninistes français. Ses qualités d’orateur et d’intellectuel ont trompé un certain nombre de militants, mais il fut exclu et il rejoindra le groupe de Claude Beaulieu. En référence à « Georges Lierre », ses détracteurs le surnommeront « plante grimpante » pour condamner son arrivisme et ses pratiques. Pour comprendre le contexte, on lira ce qu’en dit Jacques Jurquet le 1er mars 2010 (cf. « Entretien de David Hamelin avec Jacques Jurquet », page 9, www.dissidences.net).

En 1969, Georges Frêche adhère à la SFIO à Montpellier.

« L’échec du grand bond en avant marque la semi-disgrâce de Mao Tsé-toung, propulsé président d’honneur du Parti [communiste chinois] alors que Liu Chao Chi devient premier secrétaire du Parti communiste chinois. Peu à peu, Mao reprendra le combat du pouvoir en suscitant la révolution culturelle qui va bouleverser le pays pendant plus de 10 ans, de 1964 à 1976. » (Dossier Montpellier Agglomération et la Chine, op. cit.)

« Georges Frêches, favorable à la ligne de Liu Chao Chi, prendra alors ses distances et se refusera à soutenir la révolution culturelle. […]. A la fin de la révolution culturelle, Georges Frêche reprendra des contacts étroits avec la Chine de Deng Xiaoping. En 1981, il reçoit à Montpellier Zhao Ziyang, ancien gouverneur du Sichuan, premier secrétaire du PCC et futur Premier ministre. Lors de cette visite est décidé le jumelage de Montpellier avec Chengdu [Province du Sichuan]. Ce sera le premier jumelage d’une ville européenne avec une ville chinoise en 1982. Entre-temps, Zhao Ziyang était devenu Premier ministre. Désormais, les liens de Georges Frêche avec la Chine se feront toujours plus étroits ; pendant 15 ans, il est président du Groupe d’amitié parlementaire France-Chine à l’Assemblée nationale. En 1982, il accompagne le Président François Mitterrand en voyage officiel en Chine, et a l’occasion de rencontrer le Président Deng Xiaoping à l’Assemblée populaire chinoise [à Beijing]. » (Dossier Montpellier Agglomération et la Chine, op. cit.)

« Il est le premier professeur d’université qui a fait depuis 7 ans un cours d’histoire des idées politiques en Chine de ‘Lao-Tseu à Hu Jintao’ et a l’intention [en juin 2007] de publier son cours sous le titre : ‘Les idées politiques en Chine, de Confucius à Mao Tsé-toung’. A la rentrée 2007, Georges Frêche recevra le titre de Professeur honorifique qui lui sera décerné par l’Université normale de la Chine de l’Est (Shanghai). » (Dossier Montpellier Agglomération et la Chine, op. cit.)

Passionné d’histoire (il était notamment Professeur honoraire d’histoire du droit romain à l’Université Montpellier 1), il détenait des « statuettes de Mao, Jaurès, Lénine ou de Gaulle qu’il cachait dans le tiroir de son bureau » (François Bazin, Le Nouvel Observateur, 28 octobre-3 novembre 2010, page 69).

En janvier 2008, alors qu’il visite Seattle, aux USA, Georges Frêche découvre une statue de Lénine. Mi-janvier 2008, « Georges Frêche déclare vouloir racheter une statue de Lénine et le faire ériger sur une des places de Montpellier, après les élections municipales » (Midi Libre 16 janvier 2008). « Il justifie sa position par la ‘dépolitisation de la société’ et déclare : ‘L’installation d’une telle statue va-t-elle interpeller la jeunesse sur l’histoire politique ? Et peut-être qu’un jour, nous aurons aussi à Montpellier une statue de Mao. Et puis celle du général de Gaulle. » (Le Figaro 17 janvier 2008).

En avril 2008, Georges Frêche déclare : « Je lis que des conneries dans la presse. C’est le Tibet qui a envahit la Chine il y a 2000 ans, mais pour le savoir il faut avoir étudié l’histoire de l’Asie. » (Midi Libre, 10 avril 2008).

Au lendemain du séisme du 12 mai 2008 qui a durement frappé Chengdu et la province du Sichuan faisant 10 000 morts dans la seule ville et 100 000 morts dans la province, le Président de la Région Languedoc-Roussillon avait pris l’initiative de soutenir la reconstruction d’un lycée de Chengdu, ville jumelée depuis 1982 avec Montpellier. En Chine, le 16 octobre 2010, Jean-Claude Gayssot, vice-Président de la Région, délégué aux relations internationales, a appelé à nouer des jumelages avec des lycées du Languedoc-Roussillon, en citant en exemple la section d’enseignement du chinois du Lycée Jules Guesde à Montpellier. Jean-Claude Gayssot a rencontré les autorités de la ville de Chengdu. L’aide de la Région a permis la reconstruction totale du dortoir de lycée. Une cérémonie émouvante rassemblait les 3700 élèves et 300 professeurs autour de Jean-Claude Gayssot. (voir le site du Conseil régional).

On relèvera aussi un « partenariat environnemental avec Chongming (une île alluviale) et l’accueil de 700 étudiants chinois chaque année à Montpellier. On se reportera aussi au « dossier coopération décentralisée : le jumelage Montpellier Chengdu » réalisé par Jean-Marie Dinh (www.jmdinh.net).

Lors de l’inauguration des statues de « grands hommes » du 20ème siècle, en septembre 2010, Georges Frêche déclare : «  Concernant le choix de Lénine, Georges Frêche assure qu’il n’était ‘pas un dictateur sanglant (…). C’est l’homme qui a changé la face du monde au XXème siècle (…). Chez Lénine, il y a deux moments lumineux : la révolution d’Octobre, ça c’est Lénine qui la personnifie, même s’il n’était pas seul. Et puis il y a la décolonisation : car 1917 a changé la face du monde. Sans 1917, il n’y aurait pas eu la décolonisation de l’Afrique, de l’Inde, de la Chine et, de façon générale, du monde dit en voie de développement. » Quant à Mao, « il est grand pour vingt années, pour la période 1929-1949 (…). La révolution culturelle, c’est un malheur pour la Chine, mais ça l’histoire l’oubliera. L’histoire se souviendra du Mao qui a rendu sa dignité à la Chine. De l’homme qui a pris la tête du Parti communiste chinois en 1929 et a mené ses armées jusqu’à Pékin. Après il s’est révélé nul au gouvernement, très nul. »

Les statues de Jaurès, Lénine, Churchill, de Gaulle, Franklin Roosevelt ont été installées et cinq autres ont été commandées : Ghandi, Golda Meir, Nasser, Mao et Mandela, livrables fin 2011.

Georges Frêche avait évoqué aussi la commande de statues de Pancho Villa, Staline, Deng Xiaoping, Léopold Sédar Senghor et Lula (Europe 1). Mais « par respect pour les familles des Russes que Staline a envoyés au Goulag, je ne mettrais pas Staline. » (17 septembre 2010, sud.france3/info). Il reconnaissait à Staline son rôle dans la victoire contre le nazisme.

La délégation de la mission économique de la Région Languedoc-Roussillon en Chine, du 11 au 15 octobre 2010, conduite par Georges Frêche a multiplié les contacts pour le renforcement de la coopération économique et universitaire, la promotion de la marque ‘Sud de France’ à Shanghai. Le Languedoc-Roussillon est la deuxième région française exportatrice de vins vers la Chine. Une convention a été signée avec M. Guo Dongje, Président du tour opérateur CTRIP pour faire connaître le destination Languedoc-Roussillon et renforcer la production de séjours et étapes dans cette région.

Lors de son séjour de 15 jours en Chine, « à l’université de Shanghai, [Georges Frêche] a été brillantissime, pendant une heure et demi il a évoqué l’histoire de la Chine, les étudiants étaient conquis, médusés aussi, devant sa connaissance de l’histoire chinoise. » (Jean-Paul Dupré). Il a fait une « conférence sur le grande marche de Mao ».

Montpellier agglomération a signé un accord de coopération économique avec l’European Union Project Innovation Center (EUPIC) et la commission des hautes technologies de la Ville de Chengdu. Avec cet accord, la collectivité accroît les relations économiques avec la Chine. (l’EUPIC est un programme bilatéral entre l’Europe et la Chine initié en 2006). (source : 19 octobre 2010, www.montpellier-agglo.com et www.secteurpublic.fr

 La Chine a perdu un ami, certes un peu turbulent.

Commenter cet article