Hommage à François Bricq (1937-2013)

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

J’ai connu François, début des années 1970, alors qu’il était professeur d’histoire-géographie au Lycée d’enseignement général de Noisy-le-Sec, rue de Brément, en Seine-Saint-Denis. J’étais élève en seconde. A l’époque, pas de violences comme on en connaît aujourd’hui, mais des élèves souvent dissipés et peu attentifs. En arrière fond, la question de l’acquisition des connaissances et de la citoyenneté, la question aussi de la sélection sociale par le système scolaire (et universitaire). La période était marquée par les vifs débats sur les réformes qui se succédaient.

François était attentif aux problèmes des jeunes (nous, ses élèves) et à ceux des immigrés (c’est l’époque des luttes dans les foyers Sonacotra). A quelques-uns, plus politisés que les autres, nous étions autorisés à entrer dans la salle des profs d’histoire-géo. On les voyait un peu « fonctionner ».

C’était l’époque des 10% pédagogiques. Nous sommes allés voir au centre commercial Rosny 2, qui venait de se construire, plusieurs films : Etat de Siège, Z, l’Aveu. Ce sont des films qui font référence, encore aujourd’hui.

L’actualité internationale était alors riche d’évènements importants et graves : le coup d’Etat au Chili, les guerres de libération en Asie du sud-est, le développement socialiste en Chine, alors pays du tiers-monde. François était un ami du peuple chinois.

J’ai toujours gardé contact avec François. Il avait une formule : la culture ce n’est pas tout connaître ; c’est savoir où chercher les connaissances. Il avait compris les principes de la dialectique (l’unité des contraires) et le terme « contradictions » revenait souvent dans ses propos. D’ailleurs, il ne manquait pas d’évoquer ses propres contradictions.

La première de ses qualités qui me vient à l’esprit est sa modestie. Il ne s’est jamais vanté d’être artiste-peintre. Et pourtant, c’était vraiment un artiste.

J’ai encore découvert, hier, l’importance de sa création artistique.

Sur un site internet, j’ai vu qu’il y avait eu plusieurs phases dans son parcours artistique.

Fasciné depuis l’enfance par les objets techniques, j’ai pu constater qu’il aimait travailler les reflets. Avec leurs lumières et les jolies déformations. Je partage sa fascination.

D’après un site : dans les années 1960, François Bricq se situe dans la mouvance de l’Ecole de Paris. Ses recherches sur les formes, les matières, les couleurs pures, participent aux préoccupations de sa génération. Il est tour à tour fasciné et influencé par Arp, le Bauhaus, les constructivistes russes, le réalisme socialiste chinois, le Pop’Art.

Après une période volontairement centrée sur le noir et blanc (1967-1969), il réintroduit les trois couleurs primaires dans ses travaux marqués par l’abstraction.

La période réaliste s’étend de 1972 à 1977. « La figuration est pour moi un acquis important ». Alors s’enchaînent des séries figuratives. C’est la période du « Groupe du 18 mars », me semble-t-il.

Peintre de l’air, François Bricq était un « maître » de l’hyperréalisme.

Je l’ai vu travaillé des acryliques sur toiles dans son atelier parisien : des gestes précis et répétés pour obtenir un rendu recherché. Une très grande maîtrise technique, un goût pour le cadrage « photographique », l’association d’éléments, la combinaison chromatique. Il était étonné de la grande diversité des personnes qui achetaient ses toiles.

Il a pu réaliser une série sur des armes de poing (quatre ou cinq toiles, me semble-t-il, représentant des armes à feu). Ce fait est sans doute peu connu. Nous avions pratiqué ensemble le tir sportif, discipline très difficile, qui a des points communs avec l’art photographique (le « déclenchement » doit se faire seulement lorsque plusieurs facteurs sont conjugués).

Il aimait les voyages en Europe : les pays du nord, la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne, la République Tchèque. Les Etats-Unis d’Amérique aussi (je me souviens qu’il avait visité une réserve indienne). Il appréciait les promenades dans la nature (forêts, montagnes, bords de mer). Il faudra que je relise les cartes postales qu’il ne manquait jamais de m’adresser.

Il me parlait toujours d’installer son atelier sur la côte normande, tant il affectionnait ses paysages… Il rappelait toujours l'importance des approches historiques et géographiques pour appréhender le monde d'aujourd'hui.

 

Quelques jours avant son décès, nous avions parlé de la mondialisation, des questions énergétiques, du formidable développement de la Chine, de sa reconnaissance pour l’aide et le soutien que son épouse lui a toujours apportés.

Au revoir François

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