Le sac du Palais d'été, il y a 150 ans... Restitution des biens volés !

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

Le sac du palais d’été le 7 octobre 1860.*Et sa commémoration du 18 octobre 2010** Dans le cadre des invasions colonialistes, dans la période appelée « seconde guerre de l’Opium », les troupes françaises et britanniques ont défait la cavalerie mandchoue le 21 septembre 1860 lors de la bataille de Palikao. Arrivés les premiers à Pékin, les troupes de l’Armée française entreprennent le pillage et saccage du Palais d’été (Yuangming Yuan) à Pékin dès le soir du 7 octobre 1860.*** « C’était le 7 octobre [1860], le Général pénétra dans le Palais suivi de deux compagnies d’infanterie. […]. Nous pénétrons d’abord dans la salle du trône… […]. Le Palais est ouvert et tout le monde pille décidément, je regrette vraiment de l’apprendre un peu trop tard. […]. J’ai trouvé le garde-meuble, un bazar sans pareil, que nos soldats pillaient, scène curieuse, déplorable, drôlatique. Presque tout était cassé, c’est une des singulières joies du soldat, qui dans son choix fait preuve du goût le plus excentrique. » « Le lendemain […], les troupiers s’acharnent à briser ce qu’ils ne peuvent emporter !... C’est comme une soif furieuse qui les a pris ! Les tortures subies par nos malheureux prisonniers y sont pour beaucoup, le soldat entend les venger à sa façon ; n’ayant pas de Chinois sous la main, il s’en prend aux chinoiseries… » « [Le 7 octobre 1860] dans la nuit, encore un nouveau trésor est découvert. C’est avec des sacs à distribution qu’on rapporte des bijoux et colliers en corail, des perles fines et encore, et encore ! Une perle est estimée seule à 10 000 francs par nos connaisseurs […]. Ah ! si j’avais voulu… Dans la matinée nous nous mettons en route. L’armée présente le plus singulier coup-d’œil. Nous sommes venus sans voitures, il y en a plus de 300 chargées uniquement de butin. » (Source : Armand Lucy, Lettres intimes sur la campagne de Chine en 1860, Marseille, Imp. Jules Barile, 1861. Cité dans Ninette Boothroyd, Muriel Détrie, avec la collaboration de Gilles Manceron, Le voyage en Chine. Anthologie des voyageurs occidentaux du Moyen-Age à la chute de l’Empire chinois, Paris, Editions Robert Laffont, septembre 2004, pages 576, 577, 578, 579 et 580.)*** Le 8 octobre, ce sont les troupes britanniques qui se livrent au pillage et saccagent le palais d’été. En pareilles circonstances, des voleurs locaux en profitent aussi.*** Le 18 octobre 1860, il y a donc maintenant 150 ans, 3500 soldats britanniques mettaient le feu au palais d’été. En effet, le britannique Lord Elgin, malgré l’opposition du général de Montauban et le baron Gros, avait donné l’ordre d’incendier, en représailles d’exactions des mandchous (des soldats envoyés parlementer avait été torturés, tués ou gravement blessés). En 1860, les forces franco-britanniques n’ont épargné que 13 bâtiments situés au bord du lac (donc assez éloignés).*** Le 25 novembre 1861, Victor Hugo écrivait : « L’Empire français a empoché la moitié de cette victoire [le pillage] et il étale aujourd’hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée. En attendant, il y a un vol et deux voleurs. Je le constate. » « Devant l’Histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. » (Lettre au capitaine Butler.)*** Les édifices épargnés en 1860 n’ont pas résisté au deuxième assaut engagé 40 ans plus tard, lors de l’invasion menée par huit Etats coalisés (Allemagne, Angleterre, Autriche, Etats-Unis d’Amérique, France, Italie, Russie et Japon).*** Lors de cérémonies de mémoire des saccages et de l'incendie, le 18 octobre 2010, le buste de Victor Hugo a été offert par la Fédération des associations d’amitiés franco-chinoises. Il est exposé dans les jardins du palais d’été.*** Xu Tiebing, professeur au Département des relations internationales à l’Université de communication de Chine, indique : « Afin de permettre aux anciennes blessures de cicatriser, ce serait un geste positif si les anciennes puissances coloniales rendaient les objets pillés non seulement à la Chine, à la Grèce mais aussi à l’Afrique, aux pays arabes et à l’Amérique latine. »*** On lira avec intérêt l’ouvrage de Bernard Brizay (paru en 2005) ainsi que Le sac du palais d’été, de Pierre-Jean Rémy (Gallimard, 1971) roman qui a reçu le prix Renaudot la même année.*** Honte aux pillards et receleurs d’objets volés ! Les biens spoliés doivent être restitués au peuple chinois, même si on doit prendre en compte le fait qu’il y a eu des ventes successives, et que ces objets ont été entretenus et protégés, compte tenu de leur valeur esthétique, sentimentale et/ou marchande.*****

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