Les crimes et exactions des Mongols à l'encontre des peuples de Chine (article 1)

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

De nombreux auteurs, de grande renommée, ont fait état des crimes et exactions commis par les Turco-Mongols ou les Mongols, pendant une très longue période historique, à l’encontre des peuples chinois, et/ou populations installées sur le territoire chinois. Voici le premier article faisant référence partiellement à quelques travaux (la loi française oblige à des citations courtes) et faisant référence à des sources grand public publiées très récemment.

Henri Cordier (dans Histoire générale de la Chine et de ses relations avec les pays étrangers depuis les temps anciens jusqu’à la chute de la dynastie mandchoue, tome second, Librairie Paul Geuthner, 1920) écrit : « C’est toujours l’envahisseur du nord qui menace l’Empire du Milieu : Hioung Nou, Turk, K’i Tan, Kin, enfin Mongols, plus tard Mandchou, tous compris sous le terme général de Tartares, tour à tour ébranleront le trône chinois, quelques-uns même l’occuperont. […]. Rockhill écrit que la mention la plus ancienne qu’il ait trouvée dans des ouvrages orientaux du nom Mongol, se trouve dans les Annales chinoises des T’ang postérieurs (923-934 après J.-C.) où il se rencontre sous la forme Mengkou ; dans les Annales de la dynastie des Leao (926-1125), il a la forme de Meng kou li.Toutefois, il apparaît pour la première fois dans le T’oung kien kang mou, à la sixième année Chao Hing de Kao Tsoung des Soung (1136). » (page 188). « Les Mongkou ou Mongous, dans l’origine et sous la dynastie des T’ang, ne formaient qu’une horde dont le nom était Mongou et Monkos ; ces barbares féroces qui voyaient de nuit comme de jour, et qui se battaient avec beaucoup de bravoure, avaient des cuirasses faits de peau de poisson à l’épreuve de la flèche. (Mailla, VIII, page 318). » (page 188).

Plusieurs sources mentionnent des raids ou razzias commis par des Turco-mongols ou Mongols tout au long de l’Antiquité. Nous tenterons de les répertorier dans un second article. Ceci pour montrer que les exactions de Gengis-Khan et de ses successeurs sont les prolongements d’une pratique ancienne des peuplades de la steppe qui consiste à convoiter et à s’accaparer brutalement ce qui appartient à autrui (troupeaux, chevaux, femmes, enfants, richesses matérielles, etc.).

Les Mongols (dont Tämüjin qui deviendra Gengis Khan) reconnaissent eux-mêmes leur cruauté. L’Histoire secrète des Mongols est un texte d’origine mongol datant probablement de 1240 (cf. Histoire secrète des Mongols, Paul Pelliot disponible sur le site bibliotheque.uqac.ca, Université du Québec à Chicoutimi). On peut y lire : « 110. Alors que pendant la nuit le peuple des Märkit s’en allait en hâte en suivant le [cour du fleuve] Sälänggä, nos troupes poursuivirent aussi dans la nuit les Märkit qui s’en allaient en hâte. Pendant qu’on allait pillant et ravageant, Tämüjin arriva en hâte en criant »… « 154. Ayant fait anéantir les Tatars et achevé de les piller, Cinggis-qahan, disant : ‘que ferons-nous de leur peuple et de leurs gens ?’ ». La logique des peuplades mongoles était : périr ou se soumettre, quitte à être envoyé à la mort. Mais on pouvait être détruit pour d’autres motifs (vengeances ou atteintes passées,  légendaires, ou supposées aux lointains ancêtres,…).

Jacques Gernet (dans Le monde chinois. 2. L’époque moderne Xème siècle – XIXème siècle, Armand Colin, Pocket, 2005) indique que « l’entrée en scène des Mongols dans les premières années du XIIIème siècle va modifier entièrement la carte politique dans le nord-ouest du continent asiatique. L’empire des Jin commence à subir les assauts de ces nouveaux conquérants venus de la vallée de l’Orkhon à partir de 1211. Très vite, il est amputé de la Mandchourie et de la région de Pékin, occupée en 1215. Les Xia sont détruits au cours d’une campagne de brève durée (1225-1227). Enfin, vingt-trois ans après  le début des premières attaques, l’empire des Jin s’écroule définitivement et toute la Chine du nord est conquise par les Mongols. Il faudra encore treize ans aux Mongols pour s’implanter définitivement au Sichuan et une quarantaine d’années pour que la Chine du Yangzi et des provinces du Sud tombe enfin aux mains des envahisseurs. » (page 94).

« La mise en place d’un système d’exploitation mongol. […] entre 1210 et 1277 ». « Les populations qui subsistent après les massacres […] sont réparties comme esclaves entre les membres de l’aristocratie mongole et nombre de terres cultivées sont transformées en pâturages. » « Pour exploiter les peuples et les richesses de la Chine, ces conquérants peu doués pour les activités du temps de paix, pleins de défiance à l’égard des sédentaires, ont dû tout à la fois s’inspirer des institutions chinoises et faire appel de préférence aux anciens sujets kitan et jürchen de l’empire des Jin, ainsi qu’aux étrangers originaires de l’Asie centrale, du Moyen-Orient ou de l’Europe. » (page 100).

« Les marchands musulmans, groupés en associations nommées ortaq, se sont pratiquement acquis le monopole fructueux de la levée des impôts pour laquelle ils sont assistés de détachements militaires mongols. » (page 102). « Discriminations ethniques. L’un des traits fondamentaux du système mis en place par les Mongols en Asie orientale est en effet la discrimination instituée entre les différentes populations, ralliées ou conquises. Elle s’est établie, non pas en fonction de critères proprement raciaux, mais en fonction de la date à laquelle les populations soumises ont été incorporées à L’Empire [mongol]. » (page 102). « Cette classification sert de base à une discrimination administrative, juridique et fiscale. Les Mongols imposent à la Chine un régime de castes héréditaires qu’ils dominent avec l’aide des divers étrangers à leur solde. Les gouverneurs civils des circonscriptions étaient soit des Mongols soit, plus rarement, des étrangers et la charge de gouverneur adjoint était généralement attribuée à un musulman. » (page 103). « Les Mongols ont institué en Chine un strict cloisonnement social, interdisant tout mariage entre les groupes ethniques qu’ils avaient définis. Mais ce cloisonnement est général » : « les fonctions de commandement sont héréditaires » et les « classes inférieures [sont] maintenues de force dans leur condition ». Des ouvriers des salines s’évadent ou se soulèvent. Leur nombre en 1342 dans le sud du Jiangsu et le nord du Zhejiang « tombe brusquement de 17 000 à 7000. Ces ouvriers des salines, de la Huai au Zhejiang, seront parmi les plus vaillants combattants des insurrections qui emporteront la dynastie [mongole des Yuan] au cours des années 1351-1368. » (page 104).

Jacques Gernet (La vie quotidienne en Chine à la veille de l’invasion mongole (1250-1276, Picquier poche, 2007) écrit que « la coupure des routes d’Asie centrale, sous les Tang, fut une première étape de la poussée des nomades. La constitution de puissants Etats barbares (Xixia, Lao et Jin) au nord de la Grande Muraille, et la menace constante qu’ils firent peser de la fin du Xème siècle au début du XIIème sur les provinces du Nord constituent la seconde. La suite se présente sous un jour plus tragique […]. Deux dates la résument : 1126, chute de la capitale des Song du Nord (960-1126), l’actuel Kaifeng au Henan, suivie de la Huai et de l’installation de la cour à Hangzhou ; 1276, prise de Hangzhou par les Mongols et occupation de toute la Chine par les Barbares les plus rebelles à toute culture, les plus fidèles à leurs traditions tribales et guerrières, par ces hordes dont les conquêtes prodigieuses ont fait l’admiration de l’Occident, l’âme chinoise gardera une sorte de désenchantement. L’occupation mongole portera une profonde atteinte à ce grand pays, le plus riche et le plus évolué du monde à cette époque. Dans bien des domaines, la civilisation chinoise brille d’un de ses plus vifs éclats à la veille de la conquête mongole, et cette conquête marque une interruption assez nette dans son histoire. » (pages 15-16).

Gérard Chaliand (dans Les empires nomades. De la Mongolie au Danube. Vème siècle avant J.-C. – XVIème siècle, Perrin, collection Tempus, 2006) explique que « jusqu’au XIIIème siècle, les Mongols avaient – comparativement aux peuples turcophones – joué un rôle relativement secondaire en Haute-Asie. Au cours des deux siècles précédents, ils avaient repoussé hors de Mongolie les Kirghiz mais n’avaient pas encore, faute d’unité, créé d’empire. […]. En ce XIIIème siècle, la Mongolie est prospère. Ce ne sont pas des nomades affamés ou bousculés par d’autres groupes qui vont partir en campagne, mais une puissance montante en quête d’expansion. » (pages 122).

« A l’époque où Gengis Khan s’assure le pouvoir, le monde peut être grossièrement divisé en trois : La Chine, elle-même divisée : au sud, la dynastie des Song, prospère et redoutable puisqu’elle oppose une résistance de quatre décennies à la conquête [mongole] ; au nord, une dynastie fondée par des nomades d’origine toungouse/mandchou qui, au siècle précédent, s’étaient emparés du pouvoir après avoir vaincu la dynastie des Liao (elle-même dynastie sinisée, celle des Khitais) ; au nord-ouest, les Tanguts ou Xia Xia (dynastie fondée par des Tibétains boudhistes). La Chine est sans nul doute l’objet majeur des convoitises mongoles et se révèle le plus coriace des adversaires. » (page 124) L’Islam est divisé lui aussi, comme le monde chrétien.

« Les conquêtes de Gengis Khan se font graduellement. D’abord le contrôle de la steppe et des zones forestières qui la voisinent. Soumission des Kirghiz du haut Iénissei, des Oïrots du lac Baïkal (1207). Deux ans plus tard, les Ouïgours se reconnaissent vassaux de Gengis Khan ; sur l’Ordos, soumission des Tanguts (Etat xia xia). Tout pousse les Mongols vers la conquête de la Chine : la géographie, l’immémoriale fascination des nomades pour le riche et prestigieux Etat sédentaire dont le souverain décerne les titres honorifiques aux nomades. C’est sans difficulté que les Mongols passent (ou  contournent) les murailles et ravagent l’Etat de Chin, tenu par les Djurchens. Mais ils ne peuvent s’emparer des villes, manquant de matériel de siège (1211). La révolte des Khitaï (Kitans), naguère maître de la Chine du nord, contre leurs maîtres Chins (Djurchens) et leur ralliement aux Mongols change tout. Grâce aux ingénieurs civils et militaires et aux cadres kitans, les Mongols vont pouvoir acquérir le savoir qui leur faisait défaut (1212). Cette première campagne en Chine s’apparente à un raid. Un armistice est négocié avec les Chins […]. Mais les Chins évacuent leur capitale, Pékin, et se replient vers Kaï-Feng. Du coup, les Mongols s’emparent de Pékin et la mettent à sac. Gengis se retire de Chine. La conquête est inachevée en 1216, mais il la confie à l’un de ses généraux sorti du rang et des plus remarquables : Mukali. » (page 125).

« Les Mongols, comme les autres nomades, exterminent ceux qui leur résistent et leur causent des pertes. Ceux qui se rendent sont épargnés mais réduits en esclavage et souvent utilisés en première ligne au cours de sièges ultérieurs. » (page 128).

« La formation de bataille est ainsi conçue : Deux rangs à l’avant de cavalerie lourde, composés de groupes de cent hommes bien séparés les uns des autres par des intervalles importants. Chevaux caparaçonnés, cavaliers cuirassés avec lances, massues et sabres. Trois rangs de cavalerie légère d’archers. Lorsque la bataille commence, le centre des trois rangs de cavaliers-archers passe à travers les espaces laissés par la cavalerie lourde. Les ailes de la cavalerie légère s’efforcent de prendre l’adversaire en tenailles, et l’ensemble de cette formation crible de flèches la cavalerie ennemie. Il s’agit de désorganiser l’adversaire en le décimant. Tous ces mouvements sont exécutés en silence. Les ordres sont donnés par des bannières blanches ou noires qu’on lève ou abaisse. Les lanternes remplacent les bannières pendant les combats nocturnes. Une fois la confusion semée chez l’adversaire, on bat les tambours annonçant la charge. » (page 133-134). « Confrontés à une force supérieure en nombre ou à un adversaire redoutable, les Mongols usent d’un stratagème qui leur a maintes fois réussi : ils feignent la fuite afin de diviser les troupes ennemies ». « Grâce à leur système de remonte nombreux, les Mongols avancent ou fuient plus vite que leurs adversaires. » (page 134).

« Au début, les Mongols, inexpérimentés dans l’art des sièges, sont incapables de s’emparer des villes. Ainsi, en est-il lors du premier investissement de la Chine en 1209. Mais, deux ans plus tard, ils disposent d’experts chinois en matière de machines de siège et, au fil des décennies, ils vont les perfectionner. Koubilaï reçoit (1273) des trébuchets de son cousin le Ilkhan de Perse – c’est-à-dire des catapultes pouvant projeter avec force des projectiles de quelque 70 kilos. Les Mongols empruntent également beaucoup aux Song. Ils utilisent des flèches enflammées, des pots de naphte lancés par catapulte. Surtout, ils emploient des otages pour donner le premier assaut. Enfin, les Mongols utilisent en auxiliaires des troupes étrangères : notamment chinoises pour l’infanterie et persanes pour les garnisons. » Après la mort de Gengis Khan, la seconde phase de l’agression de la Chine est entreprise. « Désormais, la conquête n’est plus seulement pensée en termes de pillage immédiat mais d’exploitation dans la durée. Le front chinois est d’abord central : reconquête de l’empire des Chin et destruction de leur capitale, Kaï-Feng (1232). Heureux de pouvoir se débarrasser des Chin, les Chinois de l’Empire song prêtent main-forte aux Mongols pour écraser l’ennemi commun (1234), sans mesurer le danger futur. » (page 135). Les attaques de la Chine du Sud commencent sous Ögödaï et se terminent sous Koubilaï ; elles durent plus de quarante ans (1236-1279). Koubilaï, devenu Grand Khan en mai 1260, transfère la capitale mongole de Karakoroum à Pékin. Après une longue lutte, la Chine des Song est conquise (1271). Koubilaï adjoint le Yunnan aux provinces de la Chine et crée la dynastie des Yuan qui règne 90 ans. » (page 140-141).

René Grousset (Histoire de la Chine. Des origines à la Seconde Guerre mondiale, Editions Payot et Rivages, 2000) explique que, début du XIIIème siècle, « le territoire chinois […] était partagé entre trois dominations d’inégale étendue. Le royaume tongous des Djurtchèt ou Kin, capitale Pékin, détenait la Chine du nord, le bassin du fleuve Jaune. Depuis 80 ans que les Kin occupaient ces vieilles provinces chinoises, ils s’étaient sérieusement sinisés. L’empire national chinois des Song, capitale Hang-tcheou, possédait la Chine méridionale, c’est-à-dire le bassin du Yang-tseu et les provinces côtières correspondantes. Enfin le peuple des Tangout ou Si-Hia, d’affinités tibétaines, s’était rendu maître de l’Ordos, de l’Alachan et du Kan-sou, c’est-à-dire des Marches du nord-ouest. Lui aussi était en voie de sinisation. Ce fut par une attaque contre ce dernier Etat que Gengis khan commença la conquête de la Chine. Après plusieurs campagnes, il obligea les Tangout à reconnaître sa suzeraineté (1209). Il se tourna ensuite contre les Kin et entreprit de forcer les bastions de la Grande Muraille qui, du côté de Siuan-houa et de Jehol, défendaient les approches de Pékin (1211). Les Kin, qui, malgré leur sinisation, n’avaient rien perdu des qualités militaires des vieux Tongous, se défendirent opiniâtrement. » « L’armée mongole, tout en cavalerie et qui, à cette époque, ne savait pas encore faire un siège en règle, piétina pendant près de deux ans devant les bastions de la Grande Muraille, dans la région de Siun-houa et de Jehol, avant de pouvoir descendre dans la plaine de Pékin (1211-1212). En 1213, enfin, Gengis-khan ayant forcé les passes, envahit avec trois armées le Ho-pei et le Chan-si. Il s’avança jusqu’au cœur de l’actuel Chan-tong, saccagea les campagnes, pilla les villes secondaires, mais sans pouvoir prendre Pékin, dont il se contenta d’établir le blocus. » « En mai 1215, [les lieutenants de Gengis-khan] entrèrent à Pékin, dont ils massacrèrent la population et qu’ils incendièrent. La destruction dura un mois. » « Cette destruction montre à quel point les Mongols étaient arriérés par rapport aux autres Barbares, Kitat ou Djurtchèt. […]. Les Mongols restaient encore en pleine sauvagerie. » (pages 227-228).

« Comme tous les nomades du Grand Nord, [Gengis khan] n’avait […] aucune notion de ce que pouvaient être la vie des sédentaires, l’habitat urbain, les labours, tout ce qui n’était pas sa steppe natale. » (cf. page 228). La dernière campagne de Gengis-khan eut lieu sur le sol chinois « contre le royaume tangout ou sihia du Kan-sou ». « Gengis-khan commença la campagne à l’automne de 1226 ». « Pour en finir avec la résistance des Tangout, les généraux mongols proposèrent l’extermination radicale de la population. ‘Ils représentèrent à Gengis-khan que ses sujets chinois ne lui étaient d’aucune utilité et qu’il vaudrait mieux tuer jusqu’au dernier habitant pour tirer au moins parti du sol qui serait converti en pâturages.’ » C’est un Tartare sinisé, capturé par les Mongols mais qui reçut un titre illustre, qui l’en dissuada. Pour autant, alors que l’armée mongole assiégeait la capitale tangout, la ville de Ning-hia, Gengis-Khan mourut le 18 août 1227. « Quelques jours après sa mort, les défenseurs de Ning-hia capitulèrent. Conformément à sa volonté posthume, ils furent tous massacrés. » (page 230). « En 1236, trois armées mongoles envahirent l’Empire song et ravagèrent le Sseu-tch’ouan et le Hou-pei. » (page 232).

« Les opérations décisives contre l’Empire song commençèrent en 1258. » (page 233). « Il fallut aux Mongols plus de 8 ans pour en finir avec la résistance chinoise. Le siège des deux cités jumelles de Siang-yang et de Fantch’eng, au Hou-pei, exigea plus de cinq ans (1268-1273). Les défenseurs firent preuve d’une extraordinaire opiniâtreté. […]. Les Mongols mirent alors en batterie une véritable artillerie de balistes et de catapultes construites et manœuvrées par des ingénieurs ouighour ou arabes à leur service. »  Finalement, les deux villes tombèrent aux mains des Mongols.

« A la fin de 1275 toutes les armées mongoles convergeaient sur Hang-tcheou, la capitale song. » qui fut prise (cf. page 235). Canton, dernier foyer de résistance tomba en 1277. Et une escadre chinoise fut défaite en avril 1279 près de l’îlot de Yai-chan, au sud-ouest de Canton. (cf. page 236).

« Après tant de dévastations et de destructions, l’état du pays [la Chine] était pitoyable. Vers 1125 la Chine avait compté 20 882 258 familles, soit au taux ordinaire cent millions d’habitants. En 1290 elle ne comptait plus que 13 196 206 familles, soit pas tout à fait 59 millions d’âmes. » (page 239).

« Dans la Chine méridionale, l’Empire song, les expropriations au profit des Mongols […] furent […] considérables : les princes gengiskhanides et même les simples nobles mongols s’adjugèrent à titre de propriété personnelle une grande partie du territoire chinois. Pour remettre en mouvement l’économie chinoise, ils imaginèrent, lorsque la période du pillage brutale eut été close, de consentir des prêts d’argent, à gros intérêts du reste, à la population chinoise – à cette même population qu’au moment de la conquête ils avaient si souvent réduite au servage dans les campagnes ou spoliée dans les entreprises commerciales urbaines. Ces prêts furent effectués par l’intermédiaire de guildes ou sociétés bancaires, généralement composées de musulmans [des Turco-Iraniens de la région de Boukhârâ et de Samarkand]. » (page 242).

En 1298, le pouvoir mongol ressentit « la nécessité de soustraire les populations de la Chine méridionale à leur arbitraire ou à l’arbitraire des seigneurs mongols s’exerçant par leur intermédiaire. La population reçut alors des garanties contre les recouvrements usuraires exercés par les guildes musulmanes et contre la saisie des femmes et des enfants des débiteurs. » (pages 242-243).

Après 1307, la dynastie Yuan des Mongols dégénéra rapidement (querelles intestines, débauche et bigoterie lamaïque). « Le dernier empereur Yuan, Toghan Tèmur, ne se plaisait que dans la compagnie des lamas tibétains et des mignons. » (page 261).

Commencées en 1352, les révoltes populaires s’étendaient dès 1355 à toute la Chine. « Dans la nuit du 10 septembre 1368, […] [L’empereur mongol] Toghan Tèmur, s’enfuit de Pékin pour se réfugier en Mongolie, tandis que [le Chinois] Tchou Yuan-tchang faisait son entrée dans la capitale. » La Chine était enfin libérée des jougs mongols et étrangers. La dynastie Ming était fondée pour la « restauration nationale » chinoise (cf. pages 260-261).

John F. Fairbank et Merle Goldman (dans Histoire de la Chine. Des origines à nos jours, Editions Tallandier, avril 2010) estiment que le pouvoir des Song était militairement faible. « Pourtant, par l’importance de leurs ressources et la dimension de leurs armées, les Song égalent, s’ils ne la dépassent pas, la dynastie à venir des Jin (et plus tard celle des Mongols). Mais le gouvernement civil des Song avait peu de goût pour la violence. Charles Hucker et d'autres auteurs en tirent la conclusion que la Chine impériale était devenue si civilisée que les valeurs guerrières et le sens ethnique (par opposition au sens culturel), avec lesquels elle eût pu mieux combattre les envahisseurs – lesquels promettaient généralement de gouverner la Chine à la manière chinoise -, finirent par lui faire défaut. » (page 171). Pour autant, les Song du sud tinrent tête aux Mongols pendant 45 ans, soit deux générations.

« Le premier gouvernement étranger en Chine fut celui des Kitan. Pendant plus de deux siècles (916-1125), ce peuple mongol, duquel la Chine du nord tira au Moyen Age son nom européen de Cathay, régna sur un empire dont faisaient partie certains territoires de la Chine du nord, de Mandchourie et de Mongolie. […]. Ils avaient conquis le pouvoir en franchissant la frontière qui séparait la steppe des terres cultivables. A partir de là, ils purent combiner à une économie paysanne la puissance militaire qu’ils puisaient dans leur cavalerie nomade. » (page 176). Ce fut l’empire Liao. Les chinois Song ont fait le nécessaire pour éviter les guerres. En 1125, l’empire Liao fut conquis par des tribus venues de Mandchourie septentrionale, les Jürchen [ou Jin]. « Par les assauts menés par leur cavalerie, ils ne cessèrent de repousser les Song vers le sud. Au début de leur règne, en 960, les Song avaient établi leur capitale à Kaifeng, sur le fleuve Jaune, à l’extrémité nord du Grand Canal. Mais en 1126, les attaques Jin les forcèrent à abandonner la Chine du nord. La résistance des Song contre les envahisseurs Jürchen fut entravée par une controverse : fallait-il combattre l’ennemi ou chercher à le pacifier ? » En 1142, par traité, les Song cédaient la Chine du nord, et acceptaient de devenir des vassaux des Jin. « Ce furent les Jürchen qui élaborèrent les fondations théoriques d’un empire multiethnique que leurs descendants mandchous allaient porter à son développement maximal. » (page 179).

« La férocité destructrice de ce peuple conquérant [les Mongols de Gengis Khan] lui valut mauvaise réputation […]. Il est vrai que, lors de leur première invasion de l’empire Jin, en Chine du nord, ils avaient réduit en cendres plus de 90 villes. » (page 184).

« Les Mongols mirent fin à la dynastie Jin en 1234, et ils vainquirent les Song du sud quarante-cinq plus tard, en 1279. » (page 185). Khubilai Khan devint empereur de Chine en 1271 fondant la dynastie Yuan régnant sur la Chine.

« Le fait, humiliant, d’avoir à endurer un statut inférieur dans leur propre pays ne pouvait qu’attiser les sentiments antimongols des Chinois. » (page 185). « Une fois la Chine conquise, les garnisons mongoles durent songer à tirer leur subsistance de leurs propres activités agricoles, ou de celles que leurs esclaves menaient pour eux sur les terres dépeuplées de Chine du nord » (page 187). Les Mongols avaient tendance à penser en termes militaires.

« Le fait de savoir si le pouvoir mongol a fait du gouvernement confucéen de la Chine un gouvernement plus despotique a été débattu par les historiens. La réponse semble tendre à l’affirmative » (page 188). « Généralement illettrés et comparativement peu nombreux, [les Mongols] s’appuyaient pour conduire leur gouvernement sur un personnel issu d’Asie centrale (Turcs ouighours, Arabes et même certains Européens comme Marco Polo) ou sur les Jürchen sinisés de l’empire Jin qu’ils avaient conquis. La loyauté des Chinois du sud étant douteuse à leurs yeux, ceux-ci ripostaient en évitant de se mettre au service du gouvernement. » « L’une des caractéristiques du tempérament des Mongols était leur aspiration à toujours se maintenir en mouvement. Toujours il leur fallait plus de butins et plus d’esclaves. Ainsi, à peine s’étaient-ils rendus maîtres du monde connu et de la Chine, qu’ils entreprirent de se servir de la flotte Song, dont ils s’étaient emparés, avec leurs capitaines et leurs équipages inexpérimentés, pour organiser des expéditions outre-mer. D’où des attaques contre le Japon, le Vietnam, Taïwan, Java, le royaume de Champâ (au sud de l’Indochine). (voir page 190).

René Grousset (dans Le conquérant du monde. Vie de Gengis-Khan, Albin Michel, novembre 2008) écrit : « Imaginons l’étonnement de tous ces nomades, pâtres de la steppe ou trappeurs de la forêt, devant le spectacle qui s’offrait à leur vue. A l’infini, depuis les murailles de Pékin jusqu’au fleuve Jaune, la Grande Plaine étendait ses champs d’un brun jaunâtre où, depuis des millénaires, chaque pouce de terrain est jalousement cultivé par la même race de patients laboureurs, où les fermes et les villages succèdent aux fermes et aux villages, où les champs de riz alternent avec les champs de millet, les champs de kaoliang avec les champs de maïs. Au milieu des vergers et des récoltes, la chevauchée des nomades passait, brûlait les fermes et les meules, piétinant les moissons. A peine si une dizaine de places fortes, à l’abri de leurs murailles, purent résister. Toutes les villes secondaires furent mises à sac depuis Pao-ting, au sud-ouest de Pékin, jusqu’à Wei-houei, dans le nord du Ho-nan. Depuis Pékin, le Conquérant avait, en direction nord-sud, parcouru plus de 500 kilomètres, et il ne s’arrêta que parce qu’il arrivait de ce côté aux approches du fleuve Jaune, large comme un bras de mer, que sa cavalerie était incapable de traverser. » (pages 235-236).

« Sa chevauchée ne se limita point au Ho-pei. Au sud-est il parcourut de même toute la fertile plaine du Chan-tong, dont il prit le chef-lieu, Tsi-nan. » (page 236). Puis, il poussa jusqu’à Lan-chan, à l’extrême limite méridionale de la province du Chan-tong.

« Là comme au Ho-pei le gouvernement de Pékin avait ordonné aux paysans de se réfugier dans les villes murées. Mais les Mongols, suivant une cruelle coutume qu’ils devaient renouveler en Iran, employaient aux travaux du siège leurs prisonniers ainsi que les populations rurales du voisinage. Ils les poussaient au premier rang à l’assaut des places fortes. Les assiégés, reconnaissant leurs malheureux compatriotes à la tête des colonnes d’assaut, ne faisaient qu’avec répugnance usage de leurs armes. A l’exception des forteresses réellement imprenables, toutes les cités succombèrent ainsi les unes après les autres. Gengis-khan regagna la Grande Muraille avec un énorme butin d’or, en argent, en soieries de luxe, en bétail et en chevaux, sans parler du lamentable cortège de garçons et de filles enchaînés par myriades. » (page 236). Tandis que Gengis Khan « saccageait la Grande Plaine », ses trois fils aînés attaquèrent dans la province du Chan-si. « Après avoir saccagé les villes, détruit les fermes, massacré les paysans, incendié les récoltes, les trois princes gengiskhanides regagnèrent la Grande Muraille par Tai-tcheou et Ta-t’ong, afin de mettre leur butin à l’abri, hors du pays des sédentaires, à l’orée des steppes, chez leurs amis, les Öngut. » Son frère Qasar s’en prit à la Haute Mandchourie. « En avril 1214, Gengis-khan regroupa ses armées devant Pékin. Ses généraux voulaient donner l’assaut à la ville. Il y renonça contre « de l’or, de l’argent, des soieries, […] cinq cents garçons, cinq cents jeunes filles, trois mille chevaux et, pour le lit de Gengis-khan, une princesse du sang, la princesse de K’i-kouo. » Puis il rentra en Mongolie. (page 238).

Face à la menace d’une attaque, la cour de Pékin quitta la ville en juin 1214 pour s’installer à K’ai-fong, au Ho-nan. Le siège de Pékin par les Mongols dura de mars à mai 1215. Puis « le carnage fut ce qu’on pouvait attendre. Les Mongols mirent le feu au palais impérial dont l’incendie dura plus d’un mois. » Ils volèrent le « trésor des Rois d’Or » : or, argent, pierreries et soieries de luxe.

Durant l’hiver 1216-1217, un général mongol, Samouqa, pilla l’antique cité de Si-ngan, la « Rome chinoise », et s’empara de la ville de Joutcheou, au sud de Lo-yang. Mais il échoua dans son projet de s’emparer de K’ai-fong, des forces nombreuses ayant été massées pour la défendre. Il fut obligé de battre en retraite. Les zones conquises par Gengis-Khan étaient « une zone de pillage pour les troupes qu’il y avait laissées. » (page 242). Après avoir « pillé soigneusement » des villes, les Mongols les abandonnaient. Aussi elles étaient peu après ré-occupées par l’armée du Roi d’Or. En conséquence, entre septembre 1218 et avril 1223, les Mongols changèrent de méthode, occupant méthodiquement les places fortes capturées. (cf. page 242).

Jacques Gernet (dans La vie quotidienne en Chine à la veille de l’invasion mongole (1250-1276), Picquier poche, 2007) écrit : « 1276, prise de Hangzhou par les Mongols et occupation de toute la Chine pour la première fois de son histoire. De ce complet asservissement de la Chine par les Barbares les plus rebelles à toute culture, les plus fidèles à leurs traditions tribales et guerrières, par ces hordes dont les conquêtes prodigieuses ont fait l’admiration de l’Occident, l’âme chinoise gardera une sorte de désenchantement. L’occupation mongole portera une profonde atteinte à ce grand pays, le plus riche et le plus évolué du monde à cette époque. Dans bien des domaines, la civilisation chinoise brille d’un de ses plus vifs éclats à la veille de la conquête mongole, et cette conquête marque une interruption assez nette dans son histoire. » (pages 15 - 16).

Les auteurs de l’ouvrage Histoire complète de l’Empire de la Chine depuis son origine jusqu’à nos jours (tome second, Parent Desbarres éditeur, 1860) écrivent : « Lorsque Meng-ko, le petit-fils de Tchinkis-kan et le frère de Houpilaï, avait distribué les conquêtes de la Chine et celles de son père aux princes de la maison [mongole], il les érigea en fiefs ; Houpilaï, avait eu pour lui le Ho-nan et une partie du Chen-si. C’est de là qu’il dirigea ses opérations pour se rendre maître de l’empire des Song. […]. Lorsqu’il ne possédait encore que les provinces septentrionales de l’empire, et qu’il n’avait pas encore le titre d’empereur, il voyait avec regret que les villes sous sa domination se dépeuplaient et que les campagnes devenaient désertes, parce que la population se retirait en foule dans les provinces méridionales pour se soustraire au joug d’étrangers barbares qui ne connaissaient d’autres lois que la force brutale. » (page 39).

Patrice Piquard, dans l’article très récent « L’Empire mongol. De 1204 à 1368. 30 millions de kilomètres carrés, record qui reste à battre » (publié dans la revue Capital, hors-série Histoire, mai-juin 2011) mentionne que Gengis Khan « terrorise les campagnes pour encombrer de réfugiés affolés les cités qu’il va attaquer. Il inonde des villes en détournant le cours des fleuves, en entoure d’autres d’une palissade infranchissable pour les affamer, fait mine de se retirer vaincu en abandonnant des armes pour que les assiégés ouvrent les portes de leur forteresse afin de les récupérer. Maître en propagande, il fait diffuser de faux récits d’atrocités et de chiffres décuplant le nombre de victimes » afin d’inciter à la reddition sans combattre. (cf. page 74).

Un bilan des multiples exactions des Mongols doit être sérieusement dressé. Michel Cartier indique : « La période allant du IXème siècle au début du XIIIème siècle aurait été marquée par une forte croissance, la population doublant pour atteindre peut-être 145 millions. L’occupation mongole, entre 1220 et  1368, aurait provoqué la disparition de la moitié des habitants. Vers 1380, au lendemain de la restauration des Ming, le pays n’aurait plus compté que 70 ou 80 millions d’habitants. » (cf. « L’histoire de la population », Michel Cartier, pages 95-96, dans Chine, peuples et civilisation, sous la direction de Pierre Gentelle, La Découverte/poche, 170, 2004.).

L’amitié et la compréhension mutuelle entre les peuples ne peut être solide et durable que sur la base de la reconnaissance des crimes commis et des faits historiques.

Yongjiu (Pour toujours)

 

 

Commenter cet article