Souvenons-nous de la Longue Marche ! (10 octobre 2010, date anniversaire de son commencement en 1934)

Publié le par Thierry-Patrick GERBER

A l’occasion de l’anniversaire de la Longue Marche, nous avons réuni ici quelques éléments d’histoire, ainsi que des cartes et photographies (voir album). En somme quelques repères.*** A en croire nos lectures, Chu Teh et Mao Zedong commençèrent un mouvement de « transfert stratégique » pour « briser l’encerclement » vers un territoire non encore déterminé vers les 10 ou16-18 octobre 1934 à partir de la région sud de Kanchow, afin d’éviter que l’Armée rouge ne soit anéantie par les forces nationalistes, très nombreuses.*** Les sources chinoises évoquent le 10 octobre 1934 alors que des historiens, notamment français, avancent les dates des 16-18 octobre.*** Alors que pas mal d’auteurs fixent la durée de La Longue Marche à une année et quatre jours (entre octobre 1934 et octobre 1935), les Chinois la situent sur deux années, donc jusqu’en octobre 1936. Ils intègrent donc, comme le fait Jacques Guillermaz, le mouvement stratégique de Ho Lung, parti de la frontière Hunan-Kweichow-Hupei-Sichuan en novembre 1935, alors que la colonne de Mao et Zhu De est arrivée le mois précédent dans le Shaanxi.*** On peut lire, dans des sources chinoises : « La Longue Marche est une opération stratégique entreprise entre 1934 et 1936 par l’armée Rouge de Chine. » « Le 10 octobre 1934, 86 000 personnes quittèrent Ruijin et Gucheng dans la Province du Jiangxi. Le 22 octobre 1936, les armées du 1er, 2ème et 4ème front rejoignirent finalement leurs forces à Jiangtaibao, dans le district de Jingning (Gansu). » Dans une autre source chinoise, Le Quotidien du Peuple du 22 juin 2001, on peut lire : « Les difficultés rencontrées par l 'Armée Rouge au cours de la Longue Marche sont inimaginables. Pendant douze mois environ, les soldats de l'armée Rouge ont marché sur plus de 10 000 km, franchi plus de dix mille montagnes, traversé une vingtaine de fleuves et de marais désolés, steppes désertiques et chaînes de monts enneigées, sans cesser de riposter aux attaques des troupes du Guomindang. L'Armée rouge manquait de tout : de moyens de transport, de nourriture, de vêtements et de médicaments. »*** Cité par ce média officiel, He Chengfu, un des rares survivants de la Longue Marche, vivant encore en 2001, âgé de 81 ans, se souvient : « Je n'ai jamais su l'altitude des monts Jiajin. Ils nous semblaient à des hauteurs inaccessibles. Nous étions sans cesse battus par la neige et la grêle. Le climat changeait brutalement. On voyait le soleil, puis tout d'un coup, un coup de vent ou une tempête de neige survenait. Le deuxième obstacle à franchir a été la traversée des marais où il y a eu beaucoup de morts. »*** Le Quotidien du Peuple écrit : « Après mille épreuves, épuisées mais victorieuses, les trois forces principales de l'Armée Rouge firent leur jonction en octobre 1935 à Wuqizhen, au nord du Sha'anxi. Ainsi s'acheva la Longue Marche. L'Armée rouge avait essuyé de lourdes pertes. Ils étaient partis 300 000 ; 30 000 survivants parvinrent à Yan'an, nouveau lieu de la révolution. Trempés par les épreuves, la plupart de ces soldats sont devenus par la suite des éléments d'élite du PCC et la force principale dans la Guerre de Résistance contre le Japon, la Guerre de Libération et la fondation de la Chine nouvelle. » (site Web).*** Des 86 000 hommes (et 35 femmes) partis de Yudu (Jiangxi) avec Mao Zedong et Zhu De, il n’en restait moins de 15 000 au moment de la conférence de Zunyi (province du Guizhou) qui s’est tenue du 6 au 18 janvier 1935.*** La ou les colonnes comprenai(en)t entre 40 000 et 45 000 soldats, 35 000 cadres politiques, 3000 à 5000 civils porteurs, d’autres civils tels des ouvriers d’un arsenal de campagne et ceux d’une imprimerie.*** Dès les premières semaines, les porteurs disparaissent regagnant leurs villages. Des soldats en font autant lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils s’éloignent trop de leurs familles.*** Le 29 novembre 1934, une bataille s’engage pendant trois jours, générant une perte de 15 000 hommes.*** Les sources chinoises mentionnent la bataille du fleuve Xiangjiang entre le 25 novembre et le 1er décembre 1934. Pour traverser ce fleuve, « les commandants et les soldats ont lutté héroïquement contre leurs ennemis pendant sept jours et nuits et subi de lourdes pertes avant de vaincre les forces du Parti du Kouomintang (source : french.china.org.cn 1er septembre 2006).*** A la suite des nombreux combats successifs, beaucoup de soldats blessés doivent restés dans les villages. Beaucoup d’hommes décèdent aussi de maladie ou d’épuisement.*** Le 19 janvier 1935, la 1ère Armée rouge ne compte plus que 35 000 hommes, le 10 mai 25 000, fin juin, elle est réduite à 15 000.*** Zhang Guotao, initialement stationné aux limites nord-est du Sichuan, fait mouvement en mars 1935 à la tête d’une armée de 45 000 hommes, bien équipés et bien nourris.*** « Le chef de Section Song Chuanfu des Archives de l’Armée populaire de libération est d’avis que le terme « Longue Marche » a été utilisé pour la première fois dans l’Annonce de l’armée Rouge des ouvriers et paysans de Chine, publiée par le Général Zhu De en sa qualité de commandant en chef de l’Armée rouge en mai 1935. En août 1935, il y a deux colonnes : une de 45 000 officiers et soldats, une autre de 15 000 avec le gros de la 1ère Armée rouge.*** A l’issue des divergences exprimées entre l’option nord et l’option sud, Mao Zedong, avec l’essentiel des dirigeants, fait mouvement vers le nord. Tandis que Zhang Guotao part dans l’autre direction, où il essuiera des attaques par des cavaliers Hui (musulmans favorables aux nationalistes). Et à l’automne 1935, l’armée de Mao compte moins de 10 000 ouvriers et paysans soldats.*** Après de multiples combats, traversées de zones géographiques hostiles, fleuves, marécages ou sommets, embuscades par des Tibétains et des Hui, attaques des troupes nationalistes,... le 22 octobre 1935, il ne reste que 5000 hommes qui avaient pris la route en octobre 1934 (Peng Dehuai écrira qu’à l’arrivée, l’Armée rouge comptait 7200 hommes car elle en avait recruté 2200). L’Armée rouge arrive au bourg de Wuqi, dans le nord de la Province du Shaanxi. Furent parcourus entre 10 000 et 12 000 km (25 000 lis pour les Chinois) en 368 jours, dont 235 jours de marches en journée et 18 marches de nuit en particulier pour échapper aux attaques de l’aviation ennemie.*** « D’octobre 1934 à octobre 1935, c’est la Longue Marche, devenue très tôt le mythe fondateur de la Chine nouvelle » (Alain Roux, Le Singe et le Tigre. Mao, un destin chinois, Larousse, 2009, page 324). On se reportera utilement à cet ouvrage (sa deuxième partie, chapitre VIII : La revanche octobre 1934 – septembre 1937). Alain Roux bat en brèche les thèses de Jung Chang et John Halliday.*** On consultera aussi l’ouvrage Mao Tsé-toung, Philip Short, paru chez Fayard en 2005, chapitre : A la recherche du Dragon gris : la Longue Marche vers le nord (pages 281 à 310). Ainsi que son film (Mao. Une histoire chinoise, 2 DVD, 4 x 52 mn), de Adrian Maben, écrit par Philip Short, Arte). On trouvera quelques photographies dans le livre de Roger Pic, La Chine de Mao, Presses de la Cité, 2ème trimestre 1976 (pages 28 à 33). On se reportera à son film (diffusé en juin 1976 sur TF1). Jacques Guillermaz, dans son ouvrage Histoire du Parti communiste chinois. Des origines à la conquête du pouvoir 1921 – 1949, Petite bibliothèque Payot, 2004 (chapitre XXI La « Longue Marche » octobre 1934 – octobre 1935) pages 386 – 403, écrit : « De fait, après [la conférence de] Tsunyi, les Russes paraissent avoir eu de moins en moins d’action sur la conduite intérieure du PCC. » (page 403). On consultera les mémoires d’un dirigeant chinois, à savoir La Longue Marche, Mémoires du Général Zhu De, Agnes Smedley, Editions Richelieu, 1969 (deux tomes) ainsi que le livre de Sun Shuyun, La Longue Marche (JC Lattès, paru en septembre 2006). On trouvera aussi un court texte d’Alain Roux, dans l’Atlas du Monde diplomatique, Hors série, Histoire critique du XXème siècle, « la longue marche de Mao Zedong vers le pouvoir », octobre 2010, pages 58-59.*** On consultera aussi Red Star over China, Edgar Snow, Grove Press, 1938 et Etoile rouge sur la chine, pour sa version française. Ainsi que Account of the Long March, First Army Corps, Yu Wang Pao, August 1936. De meme que The Long March: The True Story Behind the Legendary Journey that Made Mao’s China, Ed Jocelyn, Andrew McEven, Constable Editions, 2006 (que nous n’avons pas parcouru).*** On peut lire dans les Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome 1, page 177, Editions en langues étrangères, Pékin, 1967 : « la longue marche est la première de ce genre dans les annales de l’histoire. Elle est à la fois un manifeste, un instrument de propagande et une machine à semer. Depuis Pan Kou, qui sépara le Ciel de la Terre, depuis les Trois Souverains et les Cinq Empereurs, l’histoire a-t-elle jamais connue une longue marche comme la nôtre ? […]. Elle a fait savoir aux quelque deux cents millions d’habitants des onze provinces traversées, que la voie suivie par l’armée rouge est la seule voie de leur libération. […]. Elle a répandue dans les onze provinces des semences qui germeront, porteront des feuilles, des fleurs et des fruits, et qui donneront leur moisson dans l’avenir. » (écrit en décembre 1936).*** La Longue Marche est un événement riche de sens. Souvenons-nous en !**** Voir sur ce blog l’album « Longue Marche 1934-1935-1936 »…
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